samedi 22 décembre 2007

C'est reparti

Carlos Ruiz ZAFON, L'ombre du vent, traduit de l'Espagnol par François Maspero, Livre de Poche - Grasset, Paris, 2001 (639 pages)

Je savais bien qu'une bonne trentaine de pages de Proust me sortirait de ma torpeur littéraire, ça ne manque jamais. Et, tout requinqué, je commence un roman espagnol, recommandé par ma soeur, qui s'ouvre, à Barcelone, au lendemain de la Seconde Guerre, dans un lieu mystérieux du quartier gothique, le Cimetière des Livres oubliés. Tout pour séduire, en un mot -- fut-ce en plus de six cents pages.

Cet ouvrage a été sélectionné dans les romans étrangers pour le prix Femina 2004. Il a reçu aussi de nombreux prix, en France, le Prix des Amis du Scribe et le Prix Michelet en 2005, au Québec, le Prix des libraires du Québec 2005 (Roman hors Québec). Ce qui n'ajoute ni n'enlève rien à sa gloire, mais je ne me lancerai pas dans mes histoires de prix, vous m'avez sans doute déjà lu sur ce point.

Pour plus de renseignements sur l'auteur, consulter le site Wikipedia à l'adresse suivante :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Carlos_Ruiz_Zaf%C3%B3n


Voici qui devrait me mener jusqu'à Noël... que je vous souhaite très agréable, cher(s) lecteur(s).

jeudi 20 décembre 2007

Citation

« Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage. »

Sacha Guitry

Transition

La lecture d'un livre que je trouve médiocre, ou qui déçoit mes attentes, me laisse toujours désemparé : je passe d'un titre à l'autre, sans me fixer. La période des fêtes de fin d'année, avec son cortège d'obligations vides augmentant, par ailleurs, cette mélancolie. Le temps que passe ce « vague à la lecture », je retourne à mes valeurs sures, par défaut, comme on le dit en informatique. Proust, le plus souvent. Je suis donc revenu à Albertine disparue depuis quelques jours.

Le cher Marcel, et ses vues sur l'amour...

dimanche 9 décembre 2007

Roupie de sansonnet

Pierre SAMSON, Alibi, Leméac Ici l'ailleurs, Ottawa, 2000 (102 pages); Catastrophes, Les herbes rouges, Montréal, 2007 (222 pages)

Sachant qu'il abhorre les calembours, je ne résiste pas, si tant est qu'il lira un jour ces notes, à choisir ce titre pour mon billet. Deux livres d'un coup, prêtés par un ami (à qui je n'en tiendrai pas rigueur), Alibi, une sorte de récit-pamphlet, et un roman, Catastrophes.

J'avoue n'être pas fort amateur de Pierre Samson, dont j'avais lu, du temps de ma gloire radiophonique, un ou deux des titres de sa trilogie dite de Belem. Prose adjectivue et adverbeuse, grasse comme une pelouse de banlieue, avec nain de jardins et piscine hors terre en prime. Bourgeoise en somme.

« Je suis romancier et fier de l'être. »
Cette affirmation, tirée d'Alibi, nous présente l'auteur posant en statue. Et en admiroir de soi. On est loin de l'éthique malraucienne « l'homme est ce qu'il fait ». On est romancier, comme d'aucuns sont blancs ou noirs, juifs ou mulusmans, maigres ou obèses : une affaire d'identité. L'oeuvre, tout comme l'État pour Louis XIV, c'est moi. Hors d'atteinte, en toute splendeur. Et c'est fou comme il s'admire notre Samson : au livre qui se lit d'une seule main, il substitue celui qui s'écrit d'une seule main. Pour son plus grand plaisir; celui du lecteur, peut lui chaud, l'auteur est dans l'oeuvre, dans l'Art (avec subventions, sinon force ventes ou reconnaissance.... d'où son ire, mais tel est le système).

Loin également le mépris malraucien pour « le tas de misérables petits secrets », tant qu'à être « aux mots, comme il disent », on ne nous épargnera ni le détail de l'origine familiale déclassée ni le mépris de tout ce qui fleure la France. Oeuvre suis, je m'aime, je me suis. On aura compris que les préférence le portent du côté de la forme (et pourtant...) non de l'histoire, Stendhal connaît pas, vive Zola.

Le plus amusant est la diatribe contre les téléromans, quand on sait que, quelques années à peine après Alibi, viendra Cover Girl présenté à la SRC. Mais, quand on est romancier, on est au dessus de tout cela.

Pour Catastrophes, au titre tout à fait indiqué, j'avoue avoir pratiqué les leçons de Comment parler des livres que l'on n'a pas lus de Pierre BAYARD... j'ai eu la lecture diagonale et éparpillée. Mais je m'abstiendrai d'en parler.

Sauf à vous le recommander pour que vous constatiez comment une prose peut être à la fois, saluons Talleyrand, suffisante et insuffisante.

Tout cela m'aura quand même permis, à la fin et enfin, le plaisir de citer Sacha Guitry :
Avoir le sens critique, c'est porter le plus vif intérêt à un ouvrage qui, justement, vous paraît en manquer.



lundi 26 novembre 2007

Citation

Ce que je reproche aux journaux, c'est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes, tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie des livres où il y a des choses essentielles.

Marcel Proust

samedi 24 novembre 2007

Trois semaines

Beaucoup de lecture, pas d'écriture. Ce n'est pas faute d'avoir des idées, seulement le défaut de volonté de passer à l'écran. J'y suis maintenant, et vais reprendre le retard.

Novembre, le mois des prix. Je me réjouis de l'attribution au roman d'Éric Fottorino, Baisers de cinéma, paru chez Gallimard du prix Femina. J'en dirai quelques mots dans un prochain billet.

En revanche, je ne cesse de m'étonner, année après année, de l'émotion médiatique autour de ce qui constitue certes une bonne affaire pour les éditeurs et marchands mais, en réalité, un non-évènement. On s'active, dans un premier temps, sur les listes de titres retenus par les différents prix, glosant sur les chances de chacun et rappelant la vanité, sinon l'hypocrisie, de la chose, puis, une fois le prix attribué, on s'offense de tel ou tel choix. Quel cirque.

Mais comment mieux illustrer le cynisme de l'opération que par la déclaration de Patrick Besson, du Renaudot, qui a dit avoir voté comme « ses potes » pour le Pennac, lequel n'avait pas, sauf pour sa gloire personnelle, vraiment besoin du prix, sa renommée et ses ventes étant déjà assez plus que suffisantes.

mardi 20 novembre 2007

Lire sept minutes par jour

Attention, peut-on tomber plus bas ? Lire n'est pas une priorité l'Iran, si.

Le Monde.fr : Livre blanc, par Robert Solé

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mercredi 31 octobre 2007

Histoire de lecture - 3


Roman narré à quatre voix, un quatuor à cordes, où l'on reconnaît dans chacun des protagonistes le timbre des deux violons, de l'alto et du violoncelle.

Pas de nostalgie, sentiment que, par cliché, ou paresse intellectuelle, on attribue généralement à Modiano; la constatation du « ce n'est plus comme ça maintenant » tenant davantage du repère temporel que du regret passéiste.

Au quatrième mouvement, on rencontre Roland. On le connaît, on le reconnaît. Inventeur d'un Paris aux zones neutres :
Il existait à Paris des zones intermédiaires, des no man's land où l'on était à la lisière de tout, en transit, ou même en suspens. On y jouissait d'une certaine immunité.
Écrivain en quête d'écriture, possesseur d'une seule première phrase :
Les zones neutres ont au moins cet avantage : elles ne sont qu'un point de départ et on les quitte, un jour ou l'autre.
Courage, le roman arrivera bien, Roland. En attendant, il faut marcher, avec Louki, avec sa part d'ombre, passant d'une zone neutre à l'autre, souvent du côté de l'ombre, justement. Comme il y en a de l'ombre dans ce roman. Et des écrivains, et des livres. Et même La philosophie de l'Éternel Retour du même. Des compagnons des mauvais jours.

Bien des années plus tard, un visage connu à la vitre d'une automobile. Ancien fantôme matérialisé pour quelques heures. La mémoire se met à l'oeuvre. C'était en novembre. Pas de lettre. La fenêtre s'ouvre. Un envol, deux phrases et de la légèreté : « Ça y est. Laisse-toi aller. » Mais comment échapper à la gravité de tout.

À peine lu, déjà relu, et à relire encore. Oui, Modiano atteint à l'essentiel, la légèreté des mots, la gravité de la vie. On entendrait Ferré Avec le temps, va tout s'en va. Nous, il nous restera le café de la jeunesse perdue.

La puissance de la littérature.

mardi 30 octobre 2007

Archives : Jacques RÉDA - Patrick MODIANO

En ce temps-là, entre naguère et jadis, c'était à la radio que je bavardais des livres que j'aimais (ou que je n'aimais pas). Je transcrivais mes notes, après les avoir étoffées, puis les versait dans ce qu'on appelait alors un webzine. Temps révolus. La lecture du dernier Modiano m'a poussé à retrouvé ce que j'avais dit de ses ouvrages précédents. À l'époque j'avais tendance à jumeler les titres :

Faisons usage de la métaphore culinaire et, les mots à la bouche, attaquons ce repas, avec en hors d'oeuvre, les récits vagabonds de Jacques RÉDA et, comme plat de résistance (période chère à l'auteur pour qui le connaît) le plus récent roman de Patrick MODIANO.
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Jacques RÉDA, Accidents de la circulation, Gallimard, Paris, 2001 (180 pages)

On peut aborder un lieu le nez dans le Michelin, le Bleu ou quelque autre Fodor et l'œil sur l'objectif et ressentir, là où on l'indique l'étoile dans une prose plate et sin gas, l'émerveillement devant tel site ou monument : c'est ainsi que se fait le tourisme. Pas le voyage, ni la promenade.

Il est, selon moi, préférable de le découvrir avec un ouvrage semblable à celui-ci, rédigé par un promeneur à la longue vocation qui, par la suavité et l'humour qu'il instille à chacune de ses pages, vous mettra l'eau à l'œil de joie et de hâte d'y être déjà, même si vous n'y allez jamais.

Il n'est pas interdit de prendre ce recueil avec soi et, quittant les quartiers trop bien famés, d'arpenter des rues moins glorieuses, mais de celles où l'on vit, que ce soit un garagiste qui juge depuis le bar d'en face si le client vaut le dérangement, un pêcheur qui taquine le temps ou la bourgeoise qui chanelise toute la rue : voilà le vrai dépaysement.

On pourra, comme je l'ai fait pour les expéditions parisiennes, accompagner l'auteur un plan de la ville et un crayon en main : c'est comme si j'avais été un passager clandestin, mieux, un petit oiseau voletant avec discrétion au-dessus de son épaule.

Par ailleurs, on y apprendra comment faire discrètement la table-ronde buissonnière, ce qui dans la capitale nationale peut, appliqué aux innombrables séminaires, retraites et autres colloques, nous sauver sinon la vie, du moins un temps précieux.

Une phrase, sorte de maxime séparée en quatre segments, introduit pour le premier les récits de Paris ; le deuxième, les récits de la banlieue ; le troisième, ceux de l'Île-de-France ; et le quatrième, ceux de Lisbonne, de Lausanne, de Madrid et de San G. en Italie.

Quand on sent que le temps va tourner à l'orage,... Il vaut mieux s'aviser de prendre un peu de champ,
Puis reprendre la route, en roulant, en marchant,... En se laissant porter au loin comme un nuage.

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bon voyage, c'est à dire : bonne lecture.
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Patrick MODIANO, La petite Bijou, Gallimard, Paris, 2001 (154 pages)

Nous sommes en 1967. La dame dans la cinquantaine porte un manteau jaune quand elle passe à la station Châtelet et que vous, Thérèse Cardères, que l'on appelait quand vous aviez sept ans « la Petite Bijou », l'apercevez, dans la foule. Jaune, mais la couleur comme fanée.

Vous la suivez, c'est si facile de suivre quelqu'un dans le métro à Paris, dans la foule. Car il s'agit peut-être de votre mère, que vous croyiez morte. Il n'y a pas si longtemps, une douzaine d'années peut-être, bref : toute une vie.

Elle habite, près de Vincennes, une banlieue pauvre et triste, s'arrête au café le temps d'un kir, on la surnomme « Trompe-la-mort », autrefois on la surnommait « la Boche » quelle ironie pour vous qui la croyiez morte au Maroc. Il y a si longtemps, une douzaine d'années peut-être. Il est loin le temps du Bois de Boulogne de votre enfance, le grand appartement vide de la rue de Malakoff et puis le petit chien, un caniche noir, qui s'y est perdu quand elle l'a promené.

Un chien. Un caniche noir. Dès le début, il a dormi dans ma chambre. Ma mère ne s'occupait jamais de lui, et d'ailleurs, quand j'y pense aujourd'hui, elle aurait été incapable de s'occuper d'un chien, pas plus que d'un enfant. [...] Dans ma chambre j'avais peur d'éteindre la lumière. J'avais perdu l'habitude d'être seule, la nuit, depuis que ce chien dormait avec moi. [...] Ce jour-là, ma mère est allée à une soirée et je me souviens encore de la robe qu'elle portait avant de partir. Une robe bleue avec un voile. Cette robe est longtemps revenue dans mes cauchemars et toujours un squelette la portait. [...] J'ai laissé la lumière toute la nuit et les autres nuits. La peur ne m'a plus quittée. Je me disais qu'après le chien viendrait mon tour.

En 1967, seule à Paris, à presque vingt ans, vivant de petits travaux à mi-temps, vous voilà confrontée à un passé dérobé, que vous pensiez enterré au Maroc.

Dérobé, ce passé ? Alors que vous vivez dans le même hôtel, près de la place Blanche où votre mère a vécu un temps, avant d'être connue sous le nom de comtesse Sonia O'Dauyé, elle qui s'appelait Sonia ou Suzanne Cardères, et maintenant Mme Boré. Cet hôtel se trouve d'ailleurs dans la même rue qu'un club de nuit, Le Néant, où elle aurait dansé, votre mère, dans une revue obscure, avant de disparaître ?

D'autres personnages évanescents, les Valadier, Véra et Michel et leur petite fille - oui, une petite fille en dissimule une autre, toujours le passé qui revient comme si... -, la grande maison vide au 70 du boulevard Maurice-Barrès, qui longe le Bois de Boulogne.

Dans le Paris de votre dépression, un regard se pose sur vous ; sans rien vous demander en retour, quelqu'un vous aide, vous écoute, s'inquiète de votre santé et met sa main douce sur votre front pour que vous dormiez, là ,sur votre lit, du côté de l'ombre. Pourtant, ces médicaments qu'on vous a procurés vous les avalez un soir, vous la Petite Bijou, pour vous défaire de ce passé obsédant et toujours élusif, mais vous vous réveillerez néanmoins, parce que, tout compte fait, le caniche noir ne s'est sans doute pas perdu.

Il y a les lieux chez Modiano, un Paris sans couleur sur quoi tranche le jaune d'un manteau usé, mais il aussi le temps, le détail d'une époque : les biscuits Lefèvre-Utile, les annuaires du téléphone, le pneumatique, le métro, le Réseau ; un voyage dans le temps (celui de ma jeunesse, rappelez-vous gens d'ici l'exposition universelle de 1967).

C'est ainsi, votre malheur finira bien par finir, mais, pour nous, pas le plaisir de lire et de relire votre histoire, la Petite Bijou.

lundi 29 octobre 2007

Un pedigree

Je retrouve le commentaire écrit sur le précédent texte de Modiano, lequel a été repris depuis dans la collection Folio.

Patrick MODIANO, Un pedigree, Gallimard, Paris, 2005 (122 pages)

Lors de mon prochain passage à Paris je ferai certainement un crochet par le quai de Conti, attiré cette fois moins par l’Institut et la splendeur baroque du Collège des Quatre-Nations que par une adresse anonyme, le 15, où a vécu, à deux pas des Immortels, Patrick Modiano. L’histoire ira-t-elle jusqu’à apposer sur la façade une de ces plaques du genre « Ici vécut… » ajoutant ainsi un mémento en dur à la renommée littéraire de l’auteur ?

Modiano nous présente cette fois père et mère dans un récit dont la sécheresse pourrait déconcerter le lecteur qui n’est pas habitué à le fréquenter, et qui n’y discernerait pas l’obsédante question, adressée autant à l’un qu’à l’autre, de savoir pourquoi « sans nostalgie mais d’une voix précipitée ». Pourquoi une Flamande d’Anvers rencontra, en ces années troubles, à Paris, un certain Modiano, Albert, Rodolphe, issu d’une famille juive de Toscane établie dans l’Empire ottoman.

De cette question primordiale découlent plusieurs autres que le lecteur trouvera au fil des pages et qui, pour peu qu’il les fasse siennes, car c’est là l’objet essentiel de l’œuvre d’art, justifient le besoin d’écrire, le besoin de créer, en un mot, le besoin d’être. Comme si, par ce travail archéologique sur soi, par l’établissement de son pedigree, Modiano s’arrachait à lui-même, tout en se demandant si l’évocation de ces années mortes en valait la peine, la genèse de sa propre écriture et de son œuvre.

Le père est nommé, pas la mère. Peut-être parce qu’elle vit encore ? Une simple recherche dans Internet nous révèle son nom d’actrice, Louisa C., et sa vie de rôles secondaires, pour l’essentiel à la télé, jusque dans les années 80. Ironie : il existe une autre Louisa C., également actrice, Américaine celle-là, et née en 1977. On peut contacter son agent… L’omission du nom est sans doute révélatrice de la relation entre la mère et le fils. Il est deux fois question de chiens; la première, évoque celui donné à la mère et qui, négligé, se jeta par la fenêtre; la seconde, dans le passage suivant, très dur : « Parfois, comme un chien sans pedigree et qui a été un peu trop livré à lui-même, j’éprouve la tentation puérile d’écrire noir sur blanc et en détail ce qu’elle m’a fait subir, à cause de sa dureté et de son inconséquence. ». On notera que c’est une des plus longues phrases du livre…

J’ai aussi été bouleversé par ces soudains passages au « vous », interpellations du lecteur certes, mais autant de moments où le « je » de l’auteur s’interrompt dans le récit comme pour constater la fusion de ce qui fut et de ce qui est advenu, sorte de Temps retrouvé, dans une angoisse obsédante :

« Et de menus évènements se succèdent et glissent sur vous sans y laisser beaucoup de traces. Vous avez l’impression de ne pas pouvoir vivre encore votre vraie vie, et d’être un passager clandestin. ».

Une seule réponse possible à toutes ces questions : écrire. « Il était temps ».

Citation :

« Un soir, dans l'escalier, mon père m'a dit une phrase que je n'ai pas très bien comprise sur le moment -- l'une des rares confidences qu'il m'ait faites : "On ne doit jamais négliger les petits détails... Moi, malheureusement, j'ai toujours négligé les petits détails..." »

vendredi 26 octobre 2007

Citation

Je me constitue un florilège de citations. Le relisant aujourd'hui, je tombe sur cette question que se pose Jean Daniell, le directeur du Nouvel Observateur :

Alors, soudain, on s’est demandé ce qu’était désormais un État riche. Peut-être, après tout, n’était-ce qu’un État où les pauvres étaient plus délaissés qu’ailleurs ?

Le nouvel Observateur n° 2131 – 8 septembre 2005

Pourrait sans doute inspirer le programme politique de telle girouette nationale...

Michel ONFRAY à Contact

Parfois la télévision sait faire, remercions donc Stéphan Bureau pour cette lumineuse entrevue avec le philosophe hédoniste Michel ONFRAY, dont ceux qui me lisent (ou mieux, me connaissent...) savent que j'essaie de m'inscrire dans sa pensée.
Jouir et faire jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà le fondement de toute morale. Chamfort

Le lien qui suit vous conduit à la page, sur le site de l'émission, consacrée à Onfray. À voir et à lire.

CONTACT - Les invités - Michel Onfray

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Histoire de lecture - 2


Si le silence qui suit l'écoute de Mozart est encore du Mozart, le temps qui suit la lecture de Modiano est toujours du Modiano.

Je demeure souvent, pour ma part, dans un silencieux saississement devant la beauté de la phrase, et l'effet qu'elle provoque.

Témoin l'incipit :
Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu'on appelait la porte de l'ombre.
Trois éléments, une inversion, pour peu on dirait des alexandrins pour le rythme, l'alternance des « t » et des « l »; tout est dit, la couleur est donnée : le personnage principal, dont le nom ne nous est pas encore révélé, entre par l'ombre. Avec un rien de cruauté puisque entré par la porte de l'ombre, il sortira du roman par la fenêtre.

Témoin encore :
J'étais née en Sologne, mais nous n'y étions jamais retournées. Voilà pourquoi ma mère me répétait souvent : « Nous n'avons plus de charpente...»
Cette phase lue, je n'ai pu poursuivre plus avant, immobilisé au milieu d'un long paragraphe. Plus de charpente ! Une femme seule et son enfant, père inconnu, montées à Paris. Non seulement l'arrachement des racines, l'absence de structure. Points de suspension sur le vide.

Je suis dans la vie Modiano : je pense au film de Truffaut, La nuit américaine, au plan où le réalisateur rêve en noir et blanc. Je regarde le ciel, bleu aujourd'hui et sans nuage, d'automne, mais je suis en noir et blanc.

jeudi 25 octobre 2007

Histoire de lecture -1

Patrick MODIANO, Dans le café de la jeunesse perdue, Gallimard, Paris, octobre 2007

À chaque saison son livre. C'est bien connu.

Ainsi l'été, même si nul ne veut bronzer idiot, ramène les pavés sur le sable, d'histoires sentimentales, le roman de plage ayant remplacé celui dit de gare, forts volumes que traînent dans leur sac les mêmes lecteurs qui se plaignent des longueurs de Proust.

Au mois d'août, soleil ou pas, survient le déluge. C'est le temps des à lire toute affaire cessante, des attention chef-d'oeuvre et autres incontournables coups de coeur.

Puis vient l'automne, chez nous avec ses couleurs et les ultimes douceurs d'un soleil de plus en plus oblique.
Pour moi, l'automne n'a jamais été une saison triste. Les feuilles mortes et les jours de plus en plus courts ne m'ont jamais évoqué la fin de quelque chose mais plutôt une attente de l'avenir... Même quand il pleut.
L'automne est, pour moi, d'autant plus agréable qu'il m'apporte le nouveau Modiano.

Cette année, je me le suis procuré, profitant d'un passage à Paris et d'une grande chance, le jour même de sa sortie, le 4 octobre, alors qu'il lui faudra normalement plusieurs semaines, caprices de la distribution, pour franchir l'Atlantique.
Il y a de l'électricité dans l'air, à Paris, les soirs d'octobre à l'heure où la nuit tombe.
Un Modiano se lit avec un plan de Paris; on se promène dans la ville qu'on y soit ou qu'on qu'on vive aux antipodes. Mais il faut un plan. Or, justement, le mien, je l'ai laissé à Paris, je crois, à la table d'un café. Un café de la rive droite, dans le quartier Beaubourg, où j'habitais. Oubli qui me force à solliciter mes souvenirs du quartier de l'Odéon, celui du Condé, mais d'un quartier qui à la fois à cessé d'exister et est présent, aujourd'hui, sous mes yeux plus que sous mes pas, dans les lignes de Modiano. C'est aussi un Paris que j'aime.

Citation, qu'il est étonnant de trouver en exergue, qui donne le ton au roman. Qui n'a pas, bien qu'agité par un pragmatisme tout nord-américain, passé de lents moments dans un café de la montagne Sainte-Geneviève, à y lire, à y rêver, à regarder des inconnus de passage, se croyant alors parisien de toujours ?
À la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d'une sombre mélancolie, qu'ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue. Guy Debord

mardi 23 octobre 2007

Dans le café de la jeunesse perdue

Patrick MODIANO, Dans le café de la jeunesse perdue, Gallimard, Paris, octobre 2007

En cours de lecture, commentaire forcément à suivre, En attendant, la note de présentation de l'éditeur :

Mot de l'éditeur
Au début des années 1960, aux balbutiements du futur situationnisme, la bohème littéraire et étudiante se retrouve au « Condé », un café de l’Odéon. Parmi les habitués, les quatre narrateurs du roman : un étudiant des Mines, un ancien des RG, une certaine Youki, alias Jacqueline Delanque, et Roland, jeune apprenti écrivain.
Dans la première séquence, l’étudiant des Mines se souvient de la vie au « Condé » et décrit minutieusement les apparitions de Youki, jeune femme de 22 ans apparemment sans attache, qui lui donne l’impression de vouloir faire « peau neuve ».
Dans la deuxième, Caisley, l’ancien des RG, mène l’enquête : le mari de Youki, Jean-Pierre Choureau, l’a chargé de la retrouver. Il découvre son enfance, aux abords du Moulin-Rouge où travaillait sa mère.
Troisième partie : Youki prend la parole et se souvient de son enfance, de ses fugues, des bars interlopes du XVIIIe… Elle évoque les hommes qui l’ont aimée : Jean-Pierre Choureau, Roland, Guy de Veer l’ésotériste qui lui a fait connaître la figure de « Louise du Néant » à laquelle elle s’identifie.
Dernière partie : Roland se rappelle sa rencontre avec Youki et leur amour. Jeune homme passionné par l’« éternel retour » et qui écrit un essai sur les « zones neutres », il flotte, comme Youki, et croit pouvoir la rejoindre dans ses pensées. Mais elle lui échappe comme à tous les autres… Jusqu’au jour où il apprend, au « Condé », que Youki s’est défenestrée…
À travers le passionnant portrait kaléidoscopique d’une jeune femme à l’enfance déchirée et la peinture précise du Paris des années 1960, Dans le café de la jeunesse perdue laisse une impression tenace de poésie autant que d’insituable malaise. Une sensation étrange, qui prend le lecteur à la gorge.

L'obscénité démocratique

Régis DEBRAY, L'obscénité démocratique, Flammarion, Paris, septembre 2007

Poursuit et amplifie la réflexion sur le théâtre contemporain lancée dans le pamphlet Sur le pont d'Avignon. Commentaire à suivre. En attendant, le résumé et la présentation de l'éditeur :

En résumé


L'obscénité démocratique. Non ce n'est pas la démocratie qui est obscène ! C'est la scène républicaine qu'il faut sauver de l'obscénité, au moment où la politique devient le tout-à-l'ego d'un pays en proie aux tyrannies de l'audimat, de l'émotif et de l'intime.

Mot de l'éditeur

Pour Régis Debray, la scène politique française ressemble fort au théâtre contemporain, qui veut tout montrer, exhibe le sensationnel et oublie le rôle du rideau sur scène pour démarquer les gestes de la représentation et le pouvoir du texte. Le théâtre devient ennuyeux et la politique un show qui n'a pas besoin de mettre en scène son ambition collective. La démocratie bascule dans l'obscénité.

Un roi sans lendemain

Christophe DONNER, Un roi sans lendemain, Grasset, Paris, 2007 (384 pages)

Commentaire à suivre. En attendant, voici la présentation de l'éditeur :

Mot de l'éditeur


Qui a tué l'enfant du Temple ? C'est la question que se pose aussitôt Henri Norden, quand on lui demande d'écrire le scénario d'un film consacré au fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI. Principal suspect : Jacques-René Hébert, écrivain favori des sans-culottes et directeur du Père Duchesne, le journal le plus scandaleux et le plus célèbre de la Révolution. A l'heure où l'on pense avoir authentifié le cœur de Louis XVII, le tabou sur le destin de ce " roi sans lendemain " est-il vraiment levé ? La réponse est expiatoire. Si elle n'est pas dans le film de Norden, elle se trouve dans le roman de Donner.

Les Malveillantes

Paul-Éric BLANRUE, Les Malveillantes : Enquête sur le cas Jonathan Littell, Scali, Paris, 2006.

La réponse d'un historien, davantage qu'une analyse littéraire, au roman Les bienveillantes. Critique, certes, mais aide à mieux lire le texte de Littel, mettant ainsi ses points forts comme ses faiblesses.

Cet essai a confirmé mes appréhensions face au roman de Littell, mais il faut prendre garde de confondre oeuvre de fiction et Histoire. Voici la présentation qu'en fait l'éditeur :


Les Bienveillantes de Jonathan Littell est le livre-événement de la rentrée littéraire 2006. Prix Goncourt, le roman a partagé la critique en deux camps : ceux qui parlent de chef-d'oeuvre, de nouveau Guerre et Paix, et ceux qui évoquent la fascination du mal, un livre malsain, une imposture littéraire. Paul-Éric Blanrue, historien spécialisé dans les mystifications, reconstitue la vie énigmatique de Jonathan Littell. Il décrypte le contenu du livre - un véritable jeu intellectuel -, recense les erreurs et explique les raisons du triomphe.


Baisers de cinéma

Éric FOTTORINO, Baisers de cinéma, Gallimard, Paris, 2007 (190 pages)

Commentaire à suivre...

samedi 20 octobre 2007

La vie (horreur) en Célinémascope

Plus sobre, mais avec autant d'acidité dans le propos, que Venise-en-Québec (le séjour londonien lui aura été bénéfique), Olivier Choinière frappe, avec La félicité, en plein dans le mille. Et pour une fois, le texte est servi par une mise en scène sobre et discrète de Sylvain Bélanger -- enfin un metteur en scène qui se met au service du texte, et non l'inverse, et pense au public et non à enfermer celui-ci dans sa tête, comme tel qui encore récemment sévissait à Ottawa.

On passe de l'absurde célinolâtrie, et de ses rituels obligés -- les stades et non plus les églises se remplissent désormais de fidèles -- à l'horreur du fait divers, dont les médias, et, las, nous aussi, font leur miel. Le temps d'une chanson, le temps d'un cri. S'y même l'aliénation du travail et de l'univers carcéral professionnel. Caro, le personnage principal, est-elle vraiment l'oracle de notre monde ? on peut le craindre.

Efficace également la troupe de comédiens, qui arrivent à nous faire oublier l'exigüité de la scène; à signaler le jeu subtil de Muriel Dutil, dont le moindre battement de paupière suggère un monde.

En un mot, une excellente façon de passer, soulignons-le fort économiquement, une soirée à la fois sensible et intelligente.

Merci à La licorne.

Théâtre La Licorne

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samedi 6 octobre 2007

Dans le café de la jeunesse perdue


Patrick MODIANO, Dans le café de la jeunesse perdue, Gallimard, Paris, 2007

Patrick Modiano

Sur cette page, celle que les Éditions Gallimard consacrent au nouveau roman de Patrick Modiano, vous pourrez ententre celui-ci présenter son livre. Entendre Modiano, pour moi, est un plaisir qui s'ajoute à celui de le lire. On sent les déambulations de sa pensée comme on déambule, en le lisant, dans les rues de Paris. Un Paris qui a déjà existé et qui, grâce à lui, existe encore.


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mercredi 26 septembre 2007

Identités

Alors que l'on constate le meilleur et le pire dans cette commission dont il n'y a que peu à attendre, on voudra sans doute lire le livre de Homi K. Bhabha Les lieux de la culture : une théorie postcoloniale. En attendant son arrivée sur nos rayons, écoutons le dans le cadre de l'émission Les vendredis de la philosophie sur France Culture.

France Culture
Homi K. Bhabha


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mercredi 19 septembre 2007

La loi du genre



Laure MURAT, La loi du genre : Une histoire culturelle du « troisième sexe », Fayard, Paris, 2006 (460 pages)

« Troisième sexe : celui qui déshonore les deux autres. » Alfred DELVAU, Dictionnaire de la langue verte, 1866
I

Cet exergue en dit beaucoup. Le lecteur de ce blog se rapportera à la quatrième de couverture que j'ai citée il y a quelques jours pour le programme de cet essai extrêmement documenté et instructif, et d'une lecture toujours agréable.

L'essai couvre pour l'essentiel les XIXe et XXe siècles, mais vise plus particulièrement la période allant de 1835 à 1939 en France et en Allemagne, pays qui s'opposent non seulement sur le plan politique mais aussi sur celui des idées et où la perception des moeurs de l'autre constitue une arme idéologique dans cet affrontement. L'Angleterre fournira aussi quelques exemples intéressants.

C'est en effet entre ces deux dates que le troisième sexe a été inventé et, de ce fait, s'est inventé en tant que sujet. Tout d'abord, aura été nommé « ce sexe qui n'a pas encore de nom », dont Alfred DOUGLAS, l'amant funeste d'Oscar Wilde, aura dit qu'il est « l'Amour qui n'ose pas dire son nom ni révéler son âme ».

De tante à pédéraste des rapports de police de Paris -- textes amplement cités et tous savoureux -- avec les problèmes grammaticaux qui découlent du croisement des genres : il est tante..., jusqu'à homosexuel qui finit par supplanter de multiples concurrents, mais engendre hétérosexuel, car il faut bien nommer ce qui n'est pas l'exception, le troisième sexe aura obligé les deux autres à se penser.

Le sujet sera soustrait au domaine de la justice pour entrer dans le domaine de la médecine, oscillera entre vice et condition, alimentant le débat entre l'inné et l'acquis. L'essai s'appuie sur les archives de la police de Paris, sur les ouvrages de médecine et de psychatrie tout aussi bien que sur les oeuvres romanesques, dont les citations abondent et illustrent fort bien l'évolution du regard de la majorité sur la minorité, ainsi que celui de la minorité sur elle-même.

II
Le rêve que je trouve le plus fascinant est celui d'une société androgyne ou sans genre (et non pas sans sexe), dans laquelle l'anatomie sexuelle serait sans rapport avec ce que l'on est, ce que l'on fait et avec qui on fait l'amour. Gayle RUBIN, de son essai The Traffic In Women (1975)
L'essai comporte sept chapitres s'articulant chacuns sur un thème où Laure Murat développe les différents aspects « du genre », que ce soit la tante telle que la voit le policier, la notion d'inversion ou la théorie du troisième sexe, le tribadisme, la théorie du sexe intermédiaire, et le fait que les rapports entre personne de même sexe sont considérés comme un mal qui vient d'ailleurs.

Un des chapitres, selon moi, le plus intéressant est celui portant sur la littérature et, plus spécifiquement sur Gide, Proust et Colette dans leurs rapports avec la question homosexuelle, ou plutôt, dans la façon dont ils la vivent et dont il en font une clé et grille de lecture. J'ai trouvé particulièrement instructif, et nouveau, l'analyse de la Recherche du Temps perdu, oeuvre marquée du sceau de l'inversion du genre par rapport au sexe, vice héréditaire de la « race maudite ».

L'ouvrage se referme sur un chapitre, La femme en culotte, qui traite du rôle de ce vêtement et de la bicyclette dans l'émancipation de la femme depuis 1880 en passant par la Grande guerre pour en arriver aux mouvements de femmes... en mouvement de la seconde moitié du XXe siècle.

En conclusion, je recommande la lecture de cet essai à quiconque voudra se pénétrer d'un regard neuf, tant comme sujet que comme objet, sur la question du genre qu'on dit mauvais. Mais le lecteur se rendra surtout compte combien la question relève de l'idéologie et comment chaque époque construit un discours sur tout ce qui lui pose problème.

mardi 18 septembre 2007

Écouté aujourd'hui

Dans le cadre de l'émission Répliques, avec Alain Finkielkraut, une entrevue avec Daniel Mendelsohn sur son livre Les disparus, chez Flammarion, qui devrait, un jour, arriver chez nous.

France Culture

Alain Finkielkraut, dans l'introduction de l'émission, explique ainsi son hésitation à lire ce livre, qu'on lui avait fortement suggéré :
« Pas encore remis de l'indigestion provoquée par la lecture des Bienveillantes, cette exploration touristique du mal, cette accumulation voyeuriste d'horreurs sans fin, cet entassement de morts atroces mais anonymes, et donc indifférentes, cette plongée dans les profondeurs pulsionnelles d'un bourreau de grand guignol... »
Je ne saurais mieux exprimer ce que j'ai pensé de ce monstrueux roman.

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samedi 15 septembre 2007

Rentrée

Si j'accueille l'arrivée de l'automne avec plaisir, qui met fin aux excès de l'été, la « rentrée » littéraire me plonge généralement dans une sorte de torpeur parfois doublée d'agacement. C'est la saison des arrêts cardiaques des critiques et libraires, des « meilleurs livres de l'année, du siècle » et autres émotions médiatiques. Sans compter tous les salons. Des deux saisons, il ne restera que beaucoup de feuilles à ramasser et à recycler et, dans le meilleur des cas, un ou deux livres qui auront vraiment valu qu'on les lise.

Il me semble, de plus en plus, que le temps consacré à la lecture des journaux et à l'écoute des émissions consacrées au livre pour m'aider à faire un choix parmi les centaines de nouveaux titres disponible, je le vole à la lecture. Cruel destin.

Je résiste mieux qu'avant au chant des sirènes, préférant réserver les canditats aux divers grands prix littéraires à la bibliothèque, ce qui me permet une meilleure affectation de mes crédits.

Mais pas complètement.

Ainsi, sur le chemin du théâtre, je suis entré vendredi dans ma librairie pour cinq minutes seulement. Voire. J'en suis ressorti une grosse demi-heure plus tard avec cinq nouveaux romans, soit plus d'un millier de pages à lire, alors que la pile de mes à lire ne diminue toujours pas.

Dire que je n'ai pas encore mis en ligne mon commentaire du livre de Laure Murat !

Ah ! la faiblesse du lecteur...

mercredi 12 septembre 2007

Écouté aujourd'hui

L'émission Jeu d'épreuves, sur France Culture, où sont commentés quatre romans :

Cendrillon, d'Eric Reinhardt (Stock)
La Zone d'inconfort, de Jonathan Franzen (l'Olivier)
Le nouvel amour, de Philippe Forest (Gallimard)
Un roi sans lendemain, de Christophe Donner (Grasset)
Le lien suivant vous ouvre la page de l'émission :

France Culture

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France Culture

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Patience

Une semaine de repos intensif dans le calme profond, presque pas de lecture. Voilà donc la cause de cet hiatus dans mes billets.

En cours de rédaction, toutefois, un commentaire sur l'essai de Laure MURAT, La loi du genre -- Une histoire culturelle du « troisième sexe ».

Quatrième de couverture :
Homme ou femme. Existe-t-il un espace viable entre ou hors ces deux catégories ? Une invention théorique et poétique a tenté de fournir, au cours de l'histoire, une réponse à cette question : le " troisième sexe ", celui qui défierait la loi du genre. L'expression désigne, à partir du XIXe siècle, les figures considérées comme déplacées par rapport aux canons de la virilité et de la féminité : les " tantinettes " traquées par la police dans le Paris de Balzac, les saphistes de roman et les invertis étudiés par la psychiatrie, les " fastueux travestis " des bals populaires, les femmes émancipées de la Belle Epoque et les premiers transsexuels opérés des années 1930.

Derrière toutes ces figures dissidentes, l'idée d'un " troisième sexe " provoque, dérange et renvoie la société à cette énigme inépuisable : que signifie vraiment être une " femme " ou un " homme " ?

Exploitant des archives inédites de la police, des textes méconnus de la sexologie ou de la littérature, Laure Murat a élaboré ici une analyse inattendue et passionnante, éclairant d'un jour nouveau l'archéologie des discours sur les questions de genre que notre époque ne cesse d'interroger.

lundi 10 septembre 2007

Laissez les chignons

Dans quelques semaines, ce sera sur nos rives que la polémique relatée par Patrick Kechichian arrivera. On se battra sans doute, dans les médias convergents ou radio-canadiens, sur les mêmes sujets. En attendant, je souscris tout à fait à sa conclusion.

Le Monde.fr : Quelle est la réalité de la fiction ?, par Patrick Kéchichian

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vendredi 31 août 2007

À surveiller

En cette période désespérante entre toutes de « rentrée » où tout « sort », il faudra sans doute jeter un coup d'oeil au titre suivant, qui ne devrait pas causer d'accidents cardiaques aux marchands et à leurs porte-paroles de la presse :

Livres, Un roman de claude pujade-renaud, Retour à port-royal - Actualités littéraires, NouvelObs.com
«Le Désert de la grâce», par Claude Pujade-Renaud, Actes Sud, 288 p


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lundi 27 août 2007

Converser, vous dites ?

Benedetta CRAVERI, L’âge de la conversation, Tel-Gallimard, Paris, 2005

Je ne résiste pas à la tentation de ressortir le bel essai de Benedetta Craveri, paru d'abord en 2002, puis en format de poche dans la collection Tel en 2005 et, l'ayant relu, en diagonales certes, de vous en parler. À la télé les rediffusions, au web les relectures !

Pourquoi voudrait-on lire près de cinq cents pages sur la conversation en France entre 1630 et 1789 ? Sauf pour quelques universitaires ou francophiles irréductibles (en reste-t-il ?). Les Français ont, comme chacun sait, toujours parlé (« cause toujours… ») ; on sait moins, en revanche, qu’ils n’ont pas toujours su comment le faire. D’aucuns affirment qu’ils ne le savent plus guère, mais c’est un autre débat.

C’est donc l’histoire de cet apprentissage de l’art de la conversation que nous révèle Benedetta Craveri dans son captivant ouvrage où nous ferons, sur un siècle et demi, la connaissance de personnalités, pour la plupart, certes, tombées dans l’oubli, mais dont le rôle, même si nous n’en soupçonnons guère l’importance, a été capital dans l’évolution des mœurs et de notre langue.

Nous voici conviés à visiter une remarquable galerie de portraits et introduits dans ce que nous appelons aujourd’hui – en dépit de l’anachronisme – les salons. Car, à l’époque, on reçoit dans la ruelle, laquelle est munie de toutes les commodités de la conversation, chères aux Précieuses et non ce lieu urbain qui l’est si peu.

On verra l’évolution du salon, la durée de vie d’un « genre » de salon couvrant généralement une trentaine d’année, chaque génération y apportant son élément distinctif, sans oublier les rivalités entre salons « montants » et « descendants », ni celles qui opposent ces dames pour obtenir la présence de telle ou telle sommité de l’heure. Madame Geoffrin, Madame Dudeffand, Madame de Tencin et Julie de Lespinasse, chacune connaîtra, avec son public, son heure de gloire, puis son déclin.

Cette évolution ne vise pas que la forme, le fond aussi change. Ainsi, il était inconcevable, et du dernier vulgaire, que l’on parlât de politique chez Madame de Rambouillet, la célèbre Arthénice, – un des tous premiers salons –, ou même de romans, alors que, un siècle plus tard, toute la fleur des Lumières se pressera chez Madame Geoffrin – un des premiers salons bourgeois –, véritable lieu de contre-pouvoir, où les premiers « intellectuels » parleront de liberté et d’égalité et où se feront les élections à l’Académie.

On découvre enfin la double importance de l’institution du salon. Par celle-ci, les femmes assumaient une mission éducatrice tant sur le plan de la langue : c’est principalement grâce au salon que la langue française a connu un si large rayonnement en Europe et, plus tard, en Amérique, notamment dans la diplomatie, alors que sur le plan des mœurs et de la sociabilité, chacun, noble ou bourgeois, voudra atteindre le même niveau de raffinement qu’il y rencontrait.

Commentaire de Voltaire : « Le langage français est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté et de délicatesse, tous les objets de la conversation des honnêtes gens ; et par là elle contribue dans toute l’Europe à un des plus grands agréments de la vie. » .

Les temps ont bien changé et je me permettrai un sic transit gloria mundi.

Une anecdote, enfin, pour les lecteurs de Nouvelle-France. La Grande Mademoiselle – il ne s’agit pas d’un éphèbe officiant sur les planches de tel établissement du Village, mais de la cousine de Louis, quatorzième du nom – payait de la relégation ses choix politiques du temps de la Fronde. Elle transforma Saint-Fargeau, sinistre château médiéval, en un lieu où chacun voulait être reçu. L’accompagnaient dans son exil quelques jeunes et jolies dames, et Saint-Simon écrira sur l’une de celles-ci : « Madame de Frontenac n’avait que vingt ans et cherchait par tous les moyens à se débarrasser de son mari. Le comte était “aimable”, “spirituel” et “pas dépourvu d’usage du monde”, mais cela ne suffisait pas pour que la jeune femme l’accueillît dans le lit conjugal et cédât à ces instances. » On aura reconnu dans le mari le bouillant gouverneur du Canada…

lundi 20 août 2007

Citation

Les souffrances, les peurs, les humiliations subies dans l'enfance, on les retrouve parfois comme une vieille blessure, avec un pouvoir intact de faire mal. Sur le coup, quand on les avait éprouvées, anesthésié par le choc, on n'avait rien senti, tout entier mobilisé pour survivre à ces années noires. Mais longtemps après, des décennies plus tard, parfois dans le bonheur et l'opulence et tout souci disparu, la douleur que l'on croyait éteinte se réveille, aussi vive que dans le passé, plus mordante encore d'insister, comme un membre fantôme qui vous dévore alors qu'il n'est plus là, comme si le mal ne vous avait jamais quitté et qu'il n'avait servi à rien de vieillir.
Jean Clair, Journal atrabilaire.

Journal atrabilaire


Jean Clair, Journal atrabilaire, L'un et l'autre - Gallimard, Paris, 2007 (225 pages)

Il aurait sans doute été préférable d'intituler ce livre Journal d'un atrabilaire, car ce n'est pas tant le journal qui mérite l'épithète que son auteur, ancien directeur du musée Picasso. Lequel est en rupture, peu ou prou, contre l'ensemble du genre humain et de la modernité, exception faite, on le remarquera, de qui il fréquente dans ses rèves, seuls êtres avec qui il semble ne pas être brouillés, situation qu'il corrige dès le réveil.

De ne pas partager les idées d'un auteur ne nous décourage pas de le fréquenter, on lit bien Balzac sans pour autant être monarchiste légitimiste. De ces cinq saisons, d'un automne à l'autre, on appréciera davantage les réflexions sur la vie et l'écriture que le dénigrement du style administratif et les louanges du catholicisme (vraisemblablement de la mouvance de Saint-PieX).

On me pardonnera toutefois d'avoir quelques réserves, précisément, sur le catholicisme (et j'ajouterais in petto toutes les religions du Livre), religion d'amour, représenté par madones en pieta et christs en descente de croix. Passons les inquisitions et autres « croix ou meurs » comme cris d'amour du prochain, pour dénoncer non pas l'amour de la vie, mais plutôt de la souffrance et de la résignation à la douleur. Je me sens, à cet égard, bien plus proche de l'athée Michel Onfray (voir les articles que je lui consacre) et de son hédonisme solaire.

Cela dit, le style vaut le détour, mais l'excès de bile empêche, selon moi, l'auteur d'atteindre le rang de moraliste. Un bougon, mais avec du panache ! Je vous renvoie, si le temps vous presse absolument, aux livres d'André Blanchard, qui a su, lui, transformer ses humeurs en véritable oeuvre d'art.

jeudi 16 août 2007

Un cerveau, deux cerveaux, trois cerveaux... Marleau !

Un éditorial de Jacques Juillard du Nouvel Observateur sur la décadence du théâtre français.

Coïncidence, j'ai terminé tout juste avant de partir pour le festival de Stratford un pamphlet de Régis Debray, Sur le pont d'Avignon, sur le même sujet, mais encore plus véhément. Témoin cette question :
« Mais qu'est-ce qu'on vous a fait pour que vous nous traitiez comme ça ? »
Cette question je me la suis souvent posée au CNA pendant -- et surtout après -- de longues et soporifiques soirées. Me demandant si, enfin, quelqu'un allait effectivement venir, ou supportant les divagations microphoniques d'un second crû de Robert Lepage. Le public d'Ottawa est bon public, certes, mais victime consentante. Pour moi, de guerre lasse, j'ai renoncé à m'abonner.

Je ne vais pas vous faire le coup du « c'était bien mieux avant, du temps de... », et je sais qu'il n'est pas culturellement correct de dénoncer la tyrannie des théâtreux, mais je me languis de textes, de sens et, audace ultime, de plaisir. Or, de nos jours, seuls sont à l'affiche l'ennui et le mépris des gogos incultes assis dans le noir.

Je reviendrai sur la question, et sur le livre de Debray.

Actualité, Les philosophes et les femmes

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mercredi 15 août 2007

Journal atrabilaire


Semaine de relâche après mon retour de Stratford, procrastination aidant. Et comme je me sens un peu flemmard, fe vous renvoie au blog de Pierre Assouline qui décrit bien le livre que je suis en train de lire. J'y reviendrai toutefois dans quelques jours.

La république des livres » Blog Archive » Atrabilaire et réactionnaire, c’est Clair ?

En attendant, un extrait, métaphore assez eucharistique :
Tirer un livre qui dormait sur l'étagère, l'ouvrir, commencer de le lire, c'est réveiller une parole assourdie en lui prêtant sa voix. C'est toujours un peu le « Ceci est mon corps... Faites ceci en mémoire de moi ». C'est ressusciter, dans l'élection du livre, et perpétuer une présence qui semblait morte ou oubliée : il y a toujours un miracle de la lecture, très proche du mystère de l'Eucharistie, qui nous redonne un corps chaud et familier là où l'instant d'avant il n'y avait que silence et poussière. Le papier imprimé qui ressort de la poudre accumulée du temps, rejoint le pain enfariné dans cette communion.



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mercredi 8 août 2007

Tous n'en mouraient pas...

Un ami très cher -- l'amitié n'a pas de prix -- m'envoie une courriel dont je reproduis ici le texte. On appréciera l'avertissement :
« J'ai trouvé, moi aussi une phrase profonde à mettre en bas de mes courriel, gracieuseté de Beaubourg, le musée. Sur leur site , il est écrit ( en majuscule
dans le texte ) :

TOUTE SORTIE DES ESPACES EST DÉFINITIVE. »
À méditer, comme celui-ci, angoissant :
Un train peut en cacher un autre.

jeudi 2 août 2007

Anacoluthe

Une fort belle et juteuse anacoluthe dans le Monde d'aujourd'hui :

« Utilisant comme garantie la valeur de la maison achetée, la chute des prix a rendu nombre de ménages insolvables. »

Le monde étant ce qu'il est...

Une fois faites les adaptations nécessaires pour le contexte canadien, ce texte, un peu cynique, de Paul Krugman, suscite en moi de profondes inquiétudes. Et, cent cinquante ans plus tard, Tocqueville a toujours, et plus que jamais raison.

The Voters Speak: Baaa! - New York Times

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Festival de Stratford - Jour 5

Festival de Stratford - Jour 4

La pièce qui a valu à Edward Albee son premier Pulitzer et, créée le 12 septembre 1966, a tenu l'affiche quatre mois à Broadway.

Time happens, I suppose ... To people. Everything becomes ... too late, finally. You know it's going on ... up on the hill; you can see the dust, and hear the cries, and the steel ... but you wait; and time happens. When you do go, ... finally ... there's nothing there ... save rust; bones; and the wind.

-Agnes





The Stratford Festival of Canada - King Lear, Oklahoma!, The Merchant of Venice, An Ideal Husband, To Kill a Mockingbird, My One and Only, The Comedy of Errors, Othello, Of Mice and Men, A Delicate Balance, The Blonde, the Brunette and the Vengeful Redhead, Shakespeare's Will, The Odyssey, Pentecost

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Festival de Stratford - Journée 3

Festival de Stratford - Jour 2

Une très belle prestation de King Lear.

Même si je m'étais préparé par la lecture de la pièce et des commentaires, dans l'édition bilingue de la collection Bouquins, ce n'est pas sans appréhension que je suis entré dans la grande salle du Festival. Trois heures d'un texte intense, dans un anglais ancien, représentent pour moi un réel défi.

Eh bien ! grâce à la mise en scène simple et fluide de Brian Bedford, qui tient en outre le rôle titre, mon attention n'a pas flanché. Le tout soutenu par une distribution solide et convainquante.

Shakespeare n'a pas son pareil pour créer ses personnages noirs, surtout s'il s'agit de femmes, ici : Gonerill et Regane. Quelle perfidie.

Les deux intrigues de la pièce, double tragédie familiale, s'enchaînent et se répondent très bien, avec, au centre, un orage terrible, métaphore céleste du chaos terrestre dans lequel se démènent les protagonistes, les thèmes se croisant et se développant jusqu'au dénouement fatal, la mort de Lear, qui, vaincu, se détache de sa propre vie.

Du très bon théâtre, qui a ravivé ma crainte, non pas de la vieillesse, j'y suis presque, mais des effets du vieillissement : il n'est pas si aisé de raison et coeur garder...

The Stratford Festival of Canada - King Lear, Oklahoma!, The Merchant of Venice, An Ideal Husband, To Kill a Mockingbird, My One and Only, The Comedy of Errors, Othello, Of Mice and Men, A Delicate Balance, The Blonde, the Brunette and the Vengeful Redhead, Shakespeare's Will, The Odyssey, Pentecost

Pour le synopsis (les notes sur le site anglais de Wikipedia sont plus détaillées) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Roi_Lear

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mardi 31 juillet 2007

Festival de Stratford - Jour 1

Me voici arrivé, depuis hier, dans la petite ville de Stratford, en Ontario, pour une semaine d'immersion de théâtre en anglais. Je vais tenter de donner un compte rendu quotidien de mes impressions.

Au menu ce soir, la pièce d'Oscar Wilde, An Ideal Husband. Le lien ci-dessous vous conduira à la page contenant des renseignements sur celle-ci.

The Stratford Festival of Canada - King Lear, Oklahoma!, The Merchant of Venice, An Ideal Husband, To Kill a Mockingbird, My One and Only, The Comedy of Errors, Othello, Of Mice and Men, A Delicate Balance, The Blonde, the Brunette and the Vengeful Redhead, Shakespeare's Will, The Odyssey, Pentecost

Pour le synopsis :

Un mari idéal - Wikipédia

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dimanche 29 juillet 2007

Vacances

Diantre, près d'une dizaine de jours déjà passée, et sans mise à jour.

J'avoue avoir eu, surtout la semaine écoulée, la lecture vagabonde, passant de Albertine disparue, à un essai, trouvé chez un bouquiniste à Montréal, de Régis Debray, sur le théâtre, donc je brûle de parler avec mes amis théâtreux.

Et ce week-end, une vieille chose exhumée, grâce à Ebay, des années soixante, Le 36ème dessous de Pierre Daninos, que j'avais lu dans ma folle jeunesse, et dont je cherchais un exemplaire, celui que j'avais ayant disparu -- mystère ou acte réussi --, depuis que j'ai commencé à m'intéresser aux maladies du cerveau, et plus spécialement à la dépression (voir le commentaire sur La fatigue d'être soi d'Alain Erehnberg).

Et comme je pars demain pour le festival de Stratford (Ontario), j'ai dû faire quelques devoirs, dont la lecture d'Othello -- et surtout des commentaires.

J'ai bon espoir de vous revenir un peu plus tard cette semaine, cher(s) lecteur(s) -- je ne suis pas certain que le pluriel soit, hélas, indispensable, sinon à la prochaine !

lundi 23 juillet 2007

Le nouveau veillit vite

Trente ans après, que reste-t-il des « nouveaux philosophes » ? J'ai encore dans ma bibliothèque la plupart des livres d'alors de Bruckner, Glucskmann et Fienkelkraut. En revanche, il y a longtemps que BHL ne figure plus sur mes étagères.

Le Monde.fr : Rétrocontroverse : 1977, les "nouveaux philosophes"

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Nation

Je préfère ne pas toucher à la politique, mais cette analyse publiée dans Le Monde me semble tout à fait intéressante.

Je crois que le débat sur ce que constitue la nation n'est pas, au Québec, complètement épuisé (certains le sont, mais ce sont généralement des esprits chagrins, qui n'aiment point à débattre).

Quelles leçons tirer de cet article chez nous, où le cours de la souche semble en forte hausse ?

Le Monde.fr : Identité(s) nationale(s), par Jean-Paul Fitoussi

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jeudi 19 juillet 2007

Citations

Offrez-vous une pause-citation. Un florilège d'Alexandre VIALATTE.

Alexandre Vialatte - Ses citations - EVENE

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Varennes La mort de la royauté

Je suis tombé très jeune dans l'histoire de France, un épisode tumultueux comme la Révolution ne pouvait manquer de fasciner l'adolescent curieux que j'étais, même si, à la réflexion, les livres auxquels j'avais accès, à la bibliothèque du collège Brébeuf, devaient avoir une certaine couleur politique que je n'étais pas en mesure de saisir : pauvre Louis XVI, pauvre France. On a fait, depuis, du chemin.

C'est donc avec beaucoup de joie que j'ai appris le lancement, par la maison Gallimard, de la collection Les journées qui ont fait la France, qui prend dont la relève des Trente journées qui ont fait la France, dont j'avais déjà apprécié plusieurs titres.

En soi, le départ du roi, entouré de sa famille, ne constitue pas ce qu'il convient d'appeler un évènement. Il l'est devenu, et c'est ce que démontre avec beaucoup de verve Mona Ozouf. Un fait qui sera utilisé à gauche comme à droite, les arguments des uns étant souvent repris par les autres tantôt en faveur du roi, tantôt contre lui. Rien de plus fascinant que cette fabrication de l'histoire par « l'idéologisation », si j'ose ce néologisme, de la série de cafouillages que constitue l'équipée du souverain. Laquelle se retournera finalement contre lui pour aboutir à sa destitution, alors que nul, au départ, ne songeait à renverser la monarchie, puis à son procès, alors que le roi jouissait, en principe, d'une pleine immunité.

La politique, l'histoire : trame tragique.

Ce livre est donc bien plus que la relation d'un banal fait divers et ne prend la relève, s'agissant de Louis, ni de ceux qui voulaient l'excuser en en faisant une victime, ni de ceux qui voulaient l'accabler, en en faisant la source de tous les maux de la nation.

Il dresse aussi un portrait tout en nuance et en finesse de cet homme, au bout du compte, si méconnu.

Mona OZOUF, Varennes La mort de la royauté -- 21 juin 1791, Gallimard, Paris, 2005 (434 pages).

Livre: VARENNES LA MORT DE LA ROYAUTE, Mona Ozouf,

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Citation

Marcel PROUST, À la recherche du temps perdu : Albertine disparue, La Pléiade, 1989.
L’idée qu’on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l’idée qu’un autre est mort ; que, redevenue plane après avoir englouti un être, s’étend, sans même un remous à cette place-là, une réalité d’où cet être est exclu, où n’existe plus aucun vouloir, aucune connaissance, et de laquelle il est aussi difficile de remonter à l’idée que cet être a vécu, qu’il est difficile, du souvenir encore tout récent de sa vie, de penser qu’il est assimilable aux images sans consistance, aux souvenirs laissés par les personnages d’un roman qu’on a lu.
Pour les grises après-midi, et pluvieuses, de juillet.

lundi 16 juillet 2007

Entre chien et loup


Absolument rétif à la renommée, ce n'est pas lui que vous verrez le plus souvent sur les plateaux ni sur les divers Top de France et de Navarre, encore moins sur les étals de ces grandes halles marchandes qui tiennent plus du souk que de la librairie (je parle pour la Nouvelle France), André Blanchard a néanmoins fait son apparition, toute discrète encore, dans Wikipedia :

France Culture
André Blanchard (écrivain) - Wikipédia

On peut échapper à la gloire, pas à l'Internet.

Le dilettante, éditeur qui nous choye, réédite ce premier recueil de carnets paru en 1989 couvrant les mois d'avril à septembre 1987. Étions-nous seulement nés, que ce soit à la littérature, ou plus généralement à la vie ?

Il ne donne pas dans le roman, ni même dans les mémoires, mais dans les carnets. Parfois même cela regarde du côté de La Rochefoulcaud, frôlant la maxime, et on aimerait le citer abondamment, mais on vous invitera plutôt à vous faire votre avis, l'été étant propice aux lectures lentes et paisibles, et non seulement aux objets à grand tirage, qui partent si vite en fumée d'oubli. Voici néanmoins un amuse-bouche :
L'argent commande à la vie. C'est la règle, ratifiée par le plus grand nombre : gagner plus pour vivre mieux. Moi, un brin prétentieux, j'ai tenté de renverser le rapport : d'abord vivre, donc s'accomoder de vivre avec peu d'argent. Il m'en cuit encore.
Cela vogue ainsi dans les mêmes eaux silencieuses des grands auteurs taiseux Gracq, Leiris, Blanchot et de quelques autres discrets. Il a des humeurs, lesquelles sont généralement sombres, mais cela n'en fait pas un bilieux pour autant, disons qu'il donne dans la spleenuosité, comme d'autres dans la superficialité. Il lit beaucoup, aime peu, mais avec discernement, commente mais ne résume pas les auteurs, et nous confie sa pratique :
Il y a un côté météo dans mes achats de livres. Ils n'ont lieu que des jours de pluie ou de brume ou de neige, tous ces horizons sécrétant un je-ne-sais-quoi qui incline mon esprit vers la méditation et enrichit une sorte de climat spirituel. C'est un peu comme si acheter des livres équivalait en moi à un soleil qui ne saurait tolérer la présence de l'autre.

Chaque achat de livres, c'est un bail de quelques jours que je signe avec l'amour de la vie.
À l'évidence il ne s'est jamais procuré de livres de Mlle Bombardier*, mais je crois que vous saisissez son point de vue. Entre les lignes, on trouve tout un art d'écrire, et quel style, qu'on aimerait plus généralisé, mais que, in petto, on est égoïstement content de voir si rare, ce qui nous le rend si précieux.

Il est aussi question, un peu, quand même, du temps qu'il fait, et qui passe. Et aussi de son chat. Quelqu'un qui écrit aussi bien sur les chats ne peut être que bon, aussi, que vous soyez allergiques ou non à ces petites bêtes, n'hésitez pas.

André BLANCHARD, Entre chien et loup, Le dilettante, Paris, 2007 (128 pages) édition augmentée, première édition parue en 1989.

* Mlle Denise Bombardier est une dame de Très Grande Vertu qui billettise dans un Très Important Quotidien de Montréal et commet, pour le plus grand bonheur d'un public choisi, des livres qui constituent d'excellents manuels d'anti-français.


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Citation

Je suis un peu, été oblige, en panne non de lecture, mais de choix. Je suis donc retourné à mon livre par défaut, ou plutôt, mon oeuvre : À la recherche du temps perdu. Et j'ai repris Albertine disparue. En parcourant les notes (de l'édition Tadié de la Pléiade), je suis tombé sur la citation suivante, de Mallarmé, que je m'empresse de partager avec vous, car elle me semble, comme l'écrirait notre cher petit Marcel, capitalissime :
Le monde est fait pour aboutir à un beau livre.

mercredi 11 juillet 2007

Toute affaire cessante...

Allez écouter l'impériale Moreau, en direct du festival d'Avignon, dans le cadre de l'émission de Frédéric Mitterrand, Ça me dit, l'après-midi :

France Culture

Et mourir de plaisir... Un jour, peut-être, je partagerai un souvenir avec vous.


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Entre chien et loup


André BLANCHARD, Entre chien et loup, Le dilettante, Paris, 2007 (128 pages) édition augmentée, première édition parue en 1989.

Ayant perdu le temps que vous savez à lire ce que vous savez, ce qui m'a toutefois donné l'occasion d'un salvateur coup de tabac, je n'ai pas eu l'occasion de vous parler plus tôt de merveilleux livres d'un auteur que j'ai pris grand plaisir à découvrir en mai et juin.

Pour l'heure je vous laisse sur l'incipit, comme d'habitude, et vous reviens un peu plus tard :

Tout le monde ne peut pas s'appeler Marcel

On ne voit pas le temps passer, disent les gros bras de l'agitation; s'il en allait ainsi de l'écrivain, les muses le révoqueraient pour intelligence avec l'ennemi.
Et pourtant, c'était hier, il me semble, que j'expédiais cette première tournée de Carnets à un éditeur qui se montait en ménage, sans dot, qui hasardait petits tirages et petits volumes pour se faire les reins, et dont le nom fût allé au mioche comme réponse lorsqu'on l'enquiquinait avec ce qu'il voulait faire quand il serait grand :

- Dilettante, na !

L'être, dilettante, aura été de soi chez moi qui, dès l'époque des culottes courtes, ne me sentais aucun atome crochu avec une vie pour de vrai; et c'est en toute logique qu'à mes débuts, griffonnant au brouillon des notes dont j'ignorais qu'elles seraient comme les ancêtres des Carnets, j'avais placé cela sous le titre : En dilettante. C'est un mot qui ménage la gravité non sans tenir en respect son excroissance, qui est de se prendre trop au sérieux - il y a des avant-gardes pour ça. Et c'est un mot qui réfute l'idée de carrière : la littérature est une dame avec qui on batifole et fait le fou, et non pas, selon le vocabulaire des va de l'avant et de la gueule, une «opportunité», dont trop se servent afin de rentabiliser une ambition. Que font les lecteurs ?

- Peut-être qu'ils achètent plus qu'ils ne lisent.

Ce que postillonnait Danton, de l'audace ! j'en eus à l'époque, en ce mois de juin 1988, car proposer à la publication ce genre d'écrits par lesquels d'habitude on finit, c'était bien saugrenu, une idée de jeunot qui n'a pas froid aux yeux. Corrigeons illico le crâneur : si je pouvais faire valoir de la verdeur, celle d'une plume benjamine, j'étais de la branche vocation tardive, la trentaine déjà étrennée.
J'espère que sans attendre cette mise en bouche vous donnera envie de passer, sinon à table, du moins chez votre libraire pour commander le livre (vous ne le trouverez pas sur les tablettes, c'est promis, d'aucun renault-bric-à-brac ou autre échoppe à la PKP).

Une petite distraction

Je ne résiste pas à la tentation de vous recommander le billet de Delfeil de Ton dans le Nouvel Obs de cette semaine. Le dernier, avec une pensée pour tous les « accomodants raisonnables » d'ici et d'ailleurs :

La foi qui sauve

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Plasticité du cerveau

La télé, parfois, peut ne pas être totalement dépourvue d'intérêt, témoin l'émission de TVO, The Agenda with Steve Paikin, où j'ai vu une interview avec le Dr Norman Doidge, à la suite de laquelle je me suis procuré, à la bibliothèque, son plus récent ouvrage.

Selon lui, contrairement à ce que l'on pensait encore récemment, le cerveau présente une grande plasticité et, dans une certaine mesure, pourrait se regénérer. Pour les quinquas, dont je suis, la diminution ou la perte de leurs facultés mentales (pour peu, of course, qu'ils en aient) est un sujet de préoccupation.

En un mot, il ne faut désespérer de rien. La théorie est plaisamment argumentée par l'auteur, le plus souvent à partir de cas rencontrés dans sa pratique. Une lecture agréable, en conclusion, me reste à m'abonner à un gym du cerveau !

Le lien suivant vous conduira à la page de l'auteur.

Norman Doidge, M.D. | The Brain That Changes Itself

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Dans la foulée, j'ai lu Féminin, masculin : mythes et idéologies, publié sous la direction de Catherine Vidal en 2006 aux éditions Belin, lequel veut en finir avec idées reçues et préjugés déterministes du genre : le cerveau de l'homme est plus grand, le cerveau de la femme est moins volumineux, donc... la nature exige que... L'être humain échappe, dans ses comportements, au déterminisme biologique, nous avons tous un cerveau unique, et plastique.


samedi 7 juillet 2007

Les bienveillantes

J'ai été ces dernières heures fort occupé. Heures qui m'ont semblé des années. Pas occupation du genre loisir, mais comme la France, et quelques autres contrées, ont subie cinq ans durant.

En un mot, j'ai achevé la lecture des aventures du brave SS Oberstrumpbannführer Dr Max Aue. Laquelle m'a, en effet, achevé.

Neuf cent pages d'une longue confession qui se résumerait par un refrain populaire : Non, rien de rien, non je ne regrette rien. On pourrait alors s'étonner que ce pavé, à peine écrit pourtant, ait fait tant de vagues dans la mare littéraire française. La concurrence était-elle si faible ?

Pour moi, je conseillerais n'importe quel ouvrage historique sur la débâcle du Reich ou, pour les oisifs informatiques, une recherche sur Wikipedia plutôt que de s'infliger cette lecture. Le masochisme a des limites, et on prend conscience du temps perdu qui aurait été avantageusement consacré à la lecture de n'importe quoi d'autre, et même des romans de la demoiselle Bombardier, c'est dire.

Résumons tout de même pour le curieux : notre apprenti SS, qui prendra du galon en cours de route, se dévouera à mettre en oeuvre la solution finale, mais sous son angle pratique et, partant, selon lui, nullement antisémite : le juif est de trop, mais il peut néanmoins être vu comme une force de travail dont le Reich saurait tirer parti. Le juif et quelque autres, comme nous l'apprendrons à l'exposé, maintes fois répété, de sa philosophie. S'il y a de la besogne à abattre, autant que l'ouvrage soit bien faite.

Pour pimenter le récit, il y aura le récit de quelques aventures homosexuelles et incestueuses, et un semblant d'intrigue policière, l'intéressé ayant, au passage, occis mère et (beau) père, négligeant toutefois deux jumeaux dont il y a tout lieu de croire qu'ils sont de lui et de sa soeur. Beaucoup de tirades sexuellos-oniriques, un zeste de scato complétant la chose.

Le brave homme, je révèle ici -- sans regret aucun -- la conclusion : s'en tire, et de Berlin en ruines, en assassinant son meilleur ami et en dépouillant celui-ci de l'uniforme qu'il avait lui même pris à une de ses victimes. La guerre engendre les héros que l'auteur peut, « frères humains », c'est sa thèse, nous aurions tous fait pareil.

Un mot, quand même, sur le comment ; je ne comprends pas comment la critique n'a pas vu les ficelles qui animent les personnages fictifs, ceux-ci se mêlant à des personnages réels, ni les retournements et rebondissements cousus de fils blancs de l'intrigue, jamais je n'aurai vu tant de deus ex machina surgir, comme autant de pantin, de cette boîte.

Moi, je regrette profondément d'avoir lu ce livre, et m'en veux de n'avoir pas mis en pratique la leçon de Pierre Bayard (voir l'article qui lui est consacré) dans Comment parler des livres que l'on a pas lus ?

Jonathan LITTELL, Les bienveillantes, Gallimard, Paris, 2006 (907 pages).

jeudi 5 juillet 2007

Le Festival de Cannes

Un peu plus tard, le jour étant venu, je termine à la terrasse d'un café du centre-ville, que mon imagination peine à transporter sur la Croisette, la lecture du narré de la version intime des douze jours de la version 2006 du Festival de Cannes.

Lequel me semble bien plus réussi que le précédent La mauvaise vie, que j'avais néanmoins recommandé à mes amis. Où l'on suit les jours et les nuits, les premiers se passant pour l'essentiel à la seule lumière des projections, l'auteur en « satellite mineur » d'une constellation de vraies et de fausses étoiles qui nous ouvre, comme autant de poupées russes, sa boite à souvenirs de cinéphile et d'amoureux perpétuellement déçu.

De projections en soirées, de strass en paillettes, « Vous ne trouvez pas qu'ils sont tous effroyablement vulgaires ? », c'est un monde à la fois illusoire et cruel qui nous est dévoilé, Mitterrand n'épargnant pas Frédéric, avec une perversité qui, à la longue, m'a paru un peu complaisante, mais tellement élégante, que j'hésite devant les passages à citer.

Élégance dans la cruauté qui lui fait prêter à un tiers -- son fils pourtant -- un coup de griffe à Gérard Depardieu pour sa prestation dans Quand j'étais chanteur, lequel n'est plus « qu'un gros bateleur qui s'agite sur l'écran en déplaçant des volutes de poussière ».

Et c'est avec lucidité qu'il constate que de tous ses bagages, c'est sans doute la valise à regrets qui, au bout du compte, importe le plus quand s'éteint le dernier projecteur.

Pour moi, c'est le retour au pesantes et si mal nommées Bienveillantes...

Frédéric MITTERRAND, Le Festival de Cannes, Robert Laffont, Paris, 2007 (257 pages)

Nocturne

Choisissant, comme l'auteur, de « considérer la frivolité comme une affaire sérieuse », j'ai largement entamé le récit de Frédéric Mitterrand, qui m'accompagne bien avant dans ma nuit d'insomnie l'éclairant de sa constellation d'étoiles personnelles, plus ou moins scintillantes, qui ont pour nom Silvana Pampanini, Melina Mercouri ou Rita Hayworth.

La mélancolie, ce grain de sable dans la chaussure Prada, nous rappelle l'ombre cruelle qui entoure la zone éclairée par les projecteurs :
On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers. On peut se bricoler de bonnes raisons, elles ne tiennent pas, ce ne sont que des tentatives d'évasion et on finit par être rattrappé.
Frédéric MITTERRAND, Le Festival de Cannes, Robert Laffont, Paris, 2007 (257 pages)

mercredi 4 juillet 2007

Sur la table


Reçu aujourd'hui de la bibliothèque, où je l'avais commandé :

Frédéric MITTERRAND, Le Festival de Cannes, Robert Laffont, Paris, 2007 (257 pages)

Bienvenue sur le site des Editions Robert Laffont
Après avoir réussi à faire du premier volet de son « autobiographie » une véritable œuvre littéraire ET un best-seller, Frédéric Mitterrand nous en offre aujourd’hui une autre variation. Cette fois, il nous emmène à Cannes, lors du dernier festival, point de départ de ce nouvel opus : un « Étoiles et toiles » intime où l’on croise Anna Magnani et Pedro Almodóvar, Rita Hayworth, John Huston, Wim Wenders et Jean-Luc Godard et tant d’autres. La magie du cinéma, mêlée à la « mauvaise vie » d’un homme qui écrit pour « se consoler comme il peut de ses remords »…

Invité à présider un jury d’enseignants autour de l’édition 2006 du Festival, Frédéric Mitterrand est retourné presque incognito à Cannes, où il ne venait plus depuis des années. Durant cette Quinzaine, il est allé voir tous les films en compétition, a renoué, pas dupe, avec les petits rituels et le « grand cirque » de la Mecque du cinéma. Journée après journée, il nous en livre ses carnets secrets : rencontres, impressions, portraits de telle ou telle personnalité, réflexions de cinéphile ; mais aussi les souvenirs, très personnels, que mémoire et mélancolie réveillent en lui.

Sous les paillettes du Festival, que cet amoureux du cinéma dépeint avec son regard à la fois ultrasensible et acéré, on retrouve le grand écrivain de La Mauvaise Vie. Une absolue liberté de ton et de pensée, cette manière, qui n’est pas une affectation, de ne jamais être « politiquement correct ». La crudité des confessions, et l’extrême délicatesse des sentiments à l’égard d’immenses personnalités comme de ces « garçons » inconnus qui peuplent ses rêves sans combler sa solitude. Et, bien sûr, son style inimitable.




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lundi 2 juillet 2007

Irritation bis

Entendu à l'émission Répliques d'Alain Finkielkraut, sur France Culture, l'animateur s'interroger sur la valeur littéraire de Les bienveillantes. Et se poser la question suivante, à juste titre : certes le livre s'est vendu, et a été couronné de prix divers, mais est-il lu ?

Pour moi, je m'obstine à continuer la lecture, mais sais d'ores et déjà que, s'il s'agit d'un roman, ce n'est certes pas une oeuvre. M'est avis qu'il faudra attendre le prochain titre, lequel sera sans doute très médiatisé, las, au détriment de véritables auteurs, pour parler d'un premier roman...

Est-elle donc telle la fascination de la France, ou d'un certain milieu parisien, pour les États-Unis qu'elle en soit rendue à importer sa littérature d'outre-Atlantique ?

Irritation

Je poursuis, agacé comme jamais, la lecture des aventures du SS-Obersturmbannführer Dr. Max Aue dans son interminable récit de la grandeur et décadence du IIIe Reich. Il y a dans ce texte au moins assez d'acronymes pour rédiger un ouvrage d'un bon volume, et pourquoi pas un roman ?

Pour une fois je suis d'accord avec le personnage, ce qui me donne espoir, arrivé à la page 719 :
... je vous l'ai dit, je fatigue, il faut commencer à en finir. (...) Vous voyez, je pense à vous aussi, pas seulement à moi, un petit peu en tout cas, il y a bien sûr des limites, si je m'inflige autant de peines, ça n'est pas pour vous faire plaisir, je le reconnais, c'est avant tout pour ma propre hygiène mentale, commme lorsqu'on a trop mangé, à un moment ou à un autre, il faut évacuer les déchets, et que cela sente bon ou non, on n'a pas toujours le choix; et puis, vous disposez d'un pouvoir sans appel, celui de jeter ce livre et de le jeter à la poubelle, ultime recours contre lequel je ne peux rien, ainsi, je ne vois pas pourquoi je prendrais des gants.
Ne trouvez-vous pas cela un peu adolescent attardé ? Pour moi, si. Mais c'est un bon exemple de la « psychologie » du bon docteur. J'y reviendrai.

mercredi 27 juin 2007

Citation

Entendu à la fin de l'émission de France Culture, L'esprit public, par Philippe MEYER cette citation, chacun en tirera les leçons voulues...


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France Culture
« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques. Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)

Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.


Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)

Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple… Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »



Alexis de Tocqueville

De la Démocratie en Amérique, Livre II, 1840