samedi 27 décembre 2008

Bilan en forme de lexique

Voici un texte qui nous sort fort à propos des lieux de cultes qui phagocytent les médias en fin d'année.

De l'illusionnisme en politique - Opinions - Le Monde.fr

mardi 23 décembre 2008

La vie de château.


Réaction horrifiée d'un de mes amis quand, citant l'essai Derrière la façade de William Richey NEWTON, j'évoquais les habitudes d'hygiène au Grand Siècle à Versailles: pas plus d'un bain par an, et encore !
« Le bain, hors l'usage de la médecine en une pressante nécessité, est non seulement superflu, mais très dommageable aux hommes. Le bain extermine le corps et le remplissant, le rend susceptible de l'impression des mauvaises qualités de l'air. [...] Le bain emplit la tête de vapeurs. »
Théophraste Renaudot, Recueil général des questions traitées et conférences du bureau d'adresse
On le voit, la médecine, même dans MOLIÈRE, est une science exacte qui est « dans » la vérité certes, mais que toute vérité est passagère...

Et glissons sur les « cabinets des affaires » et autres chaises percées.

Qu'est-ce qui nous fait courir ?

Achille ou la vie pure - Livres - Le Monde.fr

Le prochain livre sur ma table de lecture.

vendredi 19 décembre 2008

Noël paien



Michel ONFRAY, Le souci des plaisirs - Construction d'une érotique solaire, Flammarion, Paris, 2008 (191 pages).

Reçu aujourd'hui ce nouvel essai de Michel Onfray, superbement illustré. Un livre païen à offrir, toute ironie voulue, à Noël, où est célébrée la naissance « d'un Fils de Dieu incarné en f ils de l'Homme, un mythe nommé Jésus [qui] a servi de premier modèle à l'imitation : un corps qui ne boit pas, ne mange pas, ne rit pas, n'a pas de sexualité -- autrement dit, un anticorps ».

Quatrième de couverture :
« Vingt siècles de christianisme ont fabriqué un corps déplorable et une sexualité catastrophique. A partir de la fable d'un Fils de Dieu incarné en Fils de l'Homme, un mythe nommé Jésus a servi de premier modèle à l'imitation : un corps qui ne boit pas, ne mange pas, ne rit pas, n'a pas de sexualité - autrement dit, un anticorps. La névrose de Paul de Tarse, impuissant sexuel qui souhaite élargir son destin funeste à l'humanité tout entière, débouche sur la proposition d'un second modèle à imiter : celui du corps du Christ, à savoir un cadavre. Sur le principe de cette double imitation, un anticorps angélique auquel on parvient en faisant mourir son corps au monde, les Pères de l'Eglise, dont Saint Augustin, développent une théologie de l'éros chrétien : un nihilisme de la chair. Le modèle de jouissance devient le martyr qui jouit de souffrir et de mourir pour gagner son paradis.

» Une seconde théologie de l'éros chrétien passe par Sade et Bataille, deux défenseurs de l'éros nocturne chrétien : identité de la souffrance et de la jouissance, mépris des femmes, haine de la chair, dégoût des corps, volupté dans la mort...

» L'antidote à ce nihilisme de la chair se trouve dans le Kâma-sûtra, un antidote violent à La Cité de Dieu d'Augustin. Sous le soleil de l'Inde, l'érotisme solaire suppose une spiritualité amoureuse de la vie, l'égalité entre les hommes et les femmes, les techniques du corps amoureux, la construction d'un corps complice avec la nature, la promotion de belles individualités, masculines et féminines, afin de construire un corps radieux pour une existence jubilatoire.

» Le Souci des plaisirs raconte l'obscurcissement chrétien de la chair, et propose une philosophie des Lumières sensuelles. »

mercredi 10 décembre 2008

Commandé hier

Cent jours - La tentation de l'impossible


Emmanuel de WARESQUIEL, Cents jours - La tentation de l'impossible mars-juillet 1815, Fayard, Paris, 2008 (687 pages).

Je n'ai jamais été très Napoléon, sauf peut-être à l'adolescence, quand, dans d'anciens livres d'histoire de France, j'étais emporté par le narré de la légende de l'Empereur, récit d'une ascension fulgurante et d'une chute tragique : un destin d'exception. Plus tard, j'ai pris connaissance de l'histoire politique sous l'Empire, des guerres, et de l'exercice du pouvoir. Principale réalisation, comme l'écrit François Furet : avoir mis fin à la Révolution.

J'ai toujours été, en revanche, intéressé par les périodes de transition entre deux règnes, entre deux régimes. Les Cent jours sont une de ces périodes.

Le principal attrait du livre d'Emmanuel de WARESQUIEL, dont j'avais déjà beaucoup aimé la biographie de Talleyrand, est de peindre cet épisode où Napoléon revient en France depuis son petit royaume de l'île d'Elbe et s'empare du pouvoir pour trois mois, « aventure » qui prendra fin à Waterloo et sera suivie par la restauration de la Restauration, non pas, comme tant d'autres historiens l'ont fait, en tenant également compte du point de vue de Louis XVIII. En un mot, on assiste à un conflit de légitimités : on est bien loin de la légende dorée du « vol de l'Aigle ».

L'autre attrait, en creux si je puis dire, est d'illustrer que l'histoire est bien un discours construit : vérité certes, mais quelle vérité ? Nulle photographie, technique pourtant très « objective » ne montre l'ensemble de la réalité. Il en est de même pour l'histoire -- voir à cet égard le récent livre de Paul VEYNE sur Foucault commenté il y a quelques jours.

Certes le livre de WARESQUIEL n'échappera pas à cette réalité, mais il a au moins l'avantage de photographier le sujet d'un autre angle.

Et comme on dit : À suivre.

lundi 8 décembre 2008

vendredi 5 décembre 2008

Les années

Annie ERNAUX, Les années, Gallimard, Paris, 2008 (242 pages).

J'aurai ce soir, ou dans la nuit ambre et noire de ce début de décembre, cette autobiographie impersonnelle d'Annie ERNAUX.

J'en ai parlé chaudement au dîner avec R., qui préfère la lecture des essais, il fréquente présentement, un peu sur mon avis, l'américain Christopher LASCH, et se méfie généralement de mes enthousiasmes. C'est un rationnel, il est dans les chiffres, mais je ne lui en veux pas. J'en ai donc parlé, entre la poire et le fromage, de ce qui, rendu à la page 22o et dans les années 2000, le 11 septembre passé, ne cesse de m'envouter : l'imbrication de la vie sociale et de la vie privée, la première façonnant la seconde, la seconde réagissant à la première.

Et la phrase simplissime d'Annie ERNAUX.

Tout s'organise ainsi, une photo « d'elle » à tel moment de sa vie. Le commentaire suit, la vie à cette époque. La famille, l'école, la profession, Paris, les hommes, les enfants, les « événements ». Le passage de la vie de famille à la vie de couple, puis à la vie en solitaire (comme la navigation). Sagan et Sartre. De Gaulle et Mitterand. Le chic des petits pois en conserve, celui du retour à la terre. Et puis, au débotté, la petite phrase qui tombe, là, et sidère.

Plutôt que de continuer à commenter, je vais céder le reste de la page, citant, comme on dit passim, à Annie ERNAUX, avec, justement, une gerbe de ces petites phrases. Fleurs de vie. De 1941 à..., suivez les années :
Les enfants cette fois regrettaient d'avoir traversé trop petits cette période de la Libération sans vraiment la vivre.

Les discours disaient qu'on représentait l'avenir.

Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait la vitesse de la vie.

Tout le monde savait distinguer se qui se fait de ce qui ne se fait pas, le Bien du Mal, les valeurs étaient visibles dans le regard des autres sur soi.

(Monter en ville, rêver, se faire jouir et attendre, résumé possible d'une adolescence en province.)

Les gens avaient tellement la conviction de vivre mieux.

Aux désirs qui nous agitaient était opposée la sagesse des limites, « tu demandes trop à la vie ».

Elle a noté qu'elle doit disserter sur Polyeucte mais préfère les romans de Françoise Sagan qui, « bien que foncièrement immoraux, ont cepandant un accent de vérité ».

Jusqu'au mariage, les histoires d'amour se déroulaient sous le regard et le jugement des autres.

Pour l'avenir coexistent en elle deux visées : 1) devenir mince et blonde, 2) être libre autonome et utile au monde. Se rêvant en Mylène Demongeot et Simone de Beauvoir.

La profusion de choses cachait la rareté des idées et l'usure des croyances.

Penser, parler, écrire, travailler, exister autrement : on estimait n'avoir rien à perdre de tout essayer.

Le discours du plaisir gagnait tout.

Les idéaux de mai se convertissaient en objets et en divertissement.

Lire Charlie Hebdo et Libération maintenait al croyance qu'on appartenait à une communauté de jouissance révolutionnaire et d'oeuvrer, en dépit de tout, à l'arrivée d'un nouveau mois de mai.

Le temps d'avant quittait les tables familiales, s'évadait du corps et des voix des témoins.

On avait besoin de « se ressourcer ». De tous côtés montait l'exigence des « racines ».

À mesure qu'on vieillissait on n'avait plus d'âge.

mercredi 3 décembre 2008

Emprunté à la bibliothèque


Emmanuel de Waresquiel, Cents jours - La tentation de l'impossible mars-juillet 1815, Fayard, Paris, 2008 (687 pages).

Présentation de l'éditeur :

"Rien dans l'histoire n'a ressemblé à ce quart d'heure", a écrit Victor Hugo. Il est vrai qu'en un peu plus de trois mois, on n'avait pas encore vu une telle bousculade de régimes et de dynasties, de serments prêtés et reniés, de passions, d'enthousiasmes et de peurs. Napoélon débarque à Golfe-Juan le 1er mars 1815, il est à Paris, le 20. Dans l'intervalle, le régime des Bourbons s'effondre comme un château de cartes. Louis XVIII quitte Paris pour l'exil en Belgique dans la nuit du 19 au 20 mars, avec sa cour, sa maison militaire et ses ministres. Trois mois plus tard, Napoléon, battu à Waterloo le 18 juin, abdique le 22. Le pays se dote le même jour d'un gouvernement provisoire sous la direction de Fouché. Le 3 juillet, Paris capitule devant les armées de la coalition. Louis XVIII rentre pour la deuxième fois dans sa capitale, cinq jours plus tard.

Les contre-jours sont toujours éclairants car ils accentuent les ombres et les reliefs. Les Cent-Jours ne sont pas seulement ceux de Napoléon, mais aussi ceux du roi, ils terminent moins l'Empire qu'ils n'inaugurent une sorte de second cycle de la grande Révolution de 1789. Ce que l'on appela alors "la révolution de 1815" porte en elle toutes les divisions françaises, toutes les révolutions à venir, celles de 1830, de 1848, de 1871.

mardi 2 décembre 2008

Béatrix Beck

Hélas un peu oubliée, une des très grandes figures de la littérature du XXe siècle.

Décès de la romancière française Béatrix Beck, Culture - NouvelObs.com

Foucault - Sa pensée, sa personne

Paul VEYNE, Foucault -- Sa pensée, sa personne, Albin Michel - Bibliothèque Idées, Paris, 2008 (220 pages)

Le livre de Veyne nous guide à travers la pensée de Foucault, mais l'auteur ne néglige pas pour autant l'homme qu'il a bien connu et dont il était l'ami.

Une histoire de poisson rouge.

L'intellectuel, ou plutôt le sceptique, est un être double. Par sa pensée, il se tient au dessus du bocal observant les poissons qui y tournent en rond. Mais, au quotidien, il vit dans le bocal, avec les autres poissons. Comme tout un chacun, il doit choisir, avoir des avis,voter... sauf qu'il ne donnera pas valeur de vérité à ses choix (il n'est pas, non plus, un prophète).

Foucault a travaillé sur la vérité dans l'histoire : chaque époque, la notre y compris, est enfermée dans des « discours » -- l'auteur explique en termes fort accessibles la notion -- qu'elle tient pour vrais, mais qui peuvent cesser de l'être : quand s'est effondré l'esclavage et tout ce qui le soutenait, s'est effondrée également sa vérité. En ira-t-il autrement pour les droits de l'homme, l'égalité des sexes et tous autres vérités que nous tenons comme immuables ?

Ce n'est pas, à l'évidence, un livre divertissant, mais outre qu'il constitue une bonne introduction à la pensée foucaldienne, il représente un outil de réflexion fort utile à quiconque se pose la question de l'homme dans l'histoire et s'interroge sur ce qui « va de soi » dans notre société.

lundi 1 décembre 2008

Les années


Annie ERNAUX, Les années, Gallimard, Paris, 2008 (242 pages).

Quelques jours à la campagne, un chalet sous la neige, de longues balades en forêt et, malgré tout, très peu de lecture. J'ai toutefois profité du trajet en train pour avancer dans la lecture du Foucault de Paul VEYNE, mais aussi de me lancer dans un livre que j'attendais depuis longtemps, et qui est enfin devenu disponible à la bibliothèque : une autobiographie « impersonnelle ». Je suis déjà sous le charme de cette prose rigoureuse éloignée du narcissisme si fréquent dans la prose dite d'autofiction. Le récit s'ouvre, après un bref prologue, sur une photo sépia d'un gros bébé à la lippe boudeuse; nous sommes en 1941.

Un enchantement.

vendredi 28 novembre 2008

Foucault - Sa pensée, sa personne


Paul VEYNE, Foucault -- Sa pensée, sa personne, Albin Michel - Bibliothèque Idées, Paris, 2008 (220 pages)

Je m'étais, naguère -- avant longtemps, je devrai écrire « jadis » -- lancé dans l'ascension de l'Histoire de la sexualité de Foucault. Puis lu la biographie que Didier Éribon a consacrée à celui-ci. Le passage à l'émission de France Culture Les nouveaux chemins de la connaissance, de l'historien Paul Veyne, ami de Foucault, et auteur de ce petit « Foucault pour les nuls », si on me permet cette audace, m'a donné le goût, par sa verve et son intelligence, d'y revenir. Ce n'est pas simple, mais ce n'est pas compliqué, bref, cela vaut la peine de s'y attarder.

Par exemple, aujourd'hui dans le train pour Ottawa.Italique

Lire Vialatte

Commentaire de Jérôme Garcin, du Nouvel Observateur, sur un recueil de chroniques du Grand Alexandre.

Et c'est ainsi que Vialatte est grand - La tendance de Jérôme Garcin

mardi 25 novembre 2008

Best Love Rosie


Nuala O'FAOLAIN, Best Love Rosie, traduit de l'anglais (Irlande) par Judith ROZE, Sabine Wespiser Éditeur, Paris, 2008 (531 pages).

A yant terminé la lecture de ce gros roman samedi, j'ai décidé de le laisser reposer un peu dans ma mémoire avant de rédiger mon commentaire. C'est que je n'ai pas été séduit, mais conquis à la longue. En général, je n'aime pas les romans qui comportent beaucoup de dialogues, je préfère la narration et, le plus souvent, le discours indirect. Mais, en l'instance, j'ai fini par passer outre.

Sans doute parce que le sujet a retenu mon intérêt.

Quelques mots tout d'abord de l'intrigue de cet ultime roman de Nuala O'Faolain, décédée à la suite d'un cancer en mai 2008.

Rosie, quinquagénaire tourmentée, revient en Irlande s'occuper de Min, la tante qui l'a élevée, laquelle semble vieillir prématurément dans l'abus d'alcool et la dépression. La cohabitation n'est pas facile, tant elles sont différentes : ce qu'on appelle souvent le choc des générations. Pour tromper sa frustration, Rosie décide d'écrire un manuel à l'intention des séniors, sur le modèle des nombreux How to qui fleurissent aux étals des libraires. Ce qui l'amènera aux États-Unis, où elle rencontrera une ancienne flamme qui travaille dans l'édition. Et ô surprise, Min débarque et, re-surprise, décide de s'installer aux États-Unis. Rosie, quant à elle, retourne en Irlande, avec une vague promesse de contrat d'édition. Le lecteur suivra dès lors le cheminement de l'une et de l'autre, la plus jeune remontant dans le passé de ses origines, l'ainée se lançant dans l'aventure.

Je suis rentrée à la fin de l’été et, pendant deux ou trois mois, je n’ai quasiment pas bougé de ma chaise devant la vieille table de la cuisine. Comme si j’avais pénétré dans une de ces forêts qui, dans les contes de fées, entourent le château où dort la princesse − des lieux où ne bouge aucune feuille et où ne chante aucun oiseau. Je pensais confusément : Tu as ce que tu voulais − et maintenant ? Je me sentais coupée de ma propre expérience, comme si la plupart des choses que j’avais apprises en trente ans de vie, d’amour et de travail autour du globe n’avaient aucune pertinence dans le lieu où j’avais abouti.

En dépit des nombreux dialogues, et d'une grande quantité de courriels, je me suis attaché à la psychologie de Rosie : qu'est-ce que vieillir ? Le corps, et son image, préoccupe Rosie, qui semble obsédée par la séduction et le sexe, mais aussi par l'amour : soi et l'autre. Et aussi par l'héritage qu'elle laissera. Son cheminement s'effectue au fur et à mesure qu'elle restaure une vieille maison qui, autrefois, à appartenu à son père, et dont Min a hérité, mais que Rosie n'a pas connue. Elle vit alors une sorte de retour d'adolescence, une nouvelle période d'apprentissage, comme si la vieillesse qui s'annonce constituait une « autre » vie. C'est ce qui, à mon avis, constitue la réussite du roman : serait-ce parce que j'ai le même âge qu'elle ? Au bout du compte, le voyage intérieur nous amène souvent bien plus loin que le voyage d'un lieu à un autre : ne sommes-nous pas terra incognita de nous-mêmes ?

« La cinquantaine, c’est l’adolescence qui revient de l’autre côté de la vie adulte. »

mercredi 19 novembre 2008

À toute alllure


Marie-Dominique LELIÈVRE, Sagan à toute allure, Denoël, Paris, 2008 (348 pages).

J'ai délaissé Nuala O'Faolain pour quelques heures ayant reçu de la bibliothèque cette espèce de biographie de Françoise Sagan qui se lit, en effet, à toute allure et qui, je crois, aurait servi à Diane Kurys, la réalisatrice du film Sagan récemment, et fort brièvement, sorti dans nos salles de cinéma. Que j'avais vu, ce n'est pas du grand cinéma, ni même, sans doute de la grande télé -- en existe-t-il seulement, il n'y a qu'à voir les académies successives ? mais c'est un autre débat.

J'ai toujours été du côté de Sagan, lecteur fidèle depuis les années soixante, et comme chacun le bruit de la rumeur saganesque me parvenait, entrevues, accidents, argent, drogue : bref, une vraie pipol, le bling-bling en moins. Ça c'était l'image. Mais j'aimais beaucoup la Sagan des Apostrophes et autres Bouillons de culture, y compris son ultime entrevue, donnée à Guillaume Durand. Sa fin m'a beaucoup chagriné, mais je garde précieussement ses livres -- fort difficiles à trouver dans le commerce au demeurant -- que je relis à l'occasion, et la sortie de ce film en fut une.

Je ne suis pas très « bio », mais j'aurai voulu en savoir quand même un peu plus, et, de fait, j'en sais un peu plus. Pas beaucoup, mais assez. Il faudra laisser à l'Histoire et à la Littérature le temps de le digérer, ce charmant petit monstre. Pour moi, je sors de ce livre avec une tristesse certaine. Au moins, elle a vécu, Sagan.

Si vous avez aimé ses livres, pourquoi pas ?

Citation

« Les esprits faibles sont aux esprits forts ce que les huitres sont aux tigres : elles ne sont pas féroces mais tuent beaucoup plus de monde. »

Philippe MEYER, L'esprit public, France Culture, le 16 novembre 2008.

Avait-il à l'esprit telle campagne électorale en Nouvelle-France ?

samedi 15 novembre 2008

En cours


Nuala O'FAOLAIN, Best Love Rosie, traduit de l'anglais (Irlande) par Judith ROZE, Sabine Wespiser Éditeur, Paris, 2008 (531 pages).

Présentation de l'éditeur :

BEST LOVE ROSIE. Dans ce roman lumineux, Nuala O'Faolain met en scène une femme généreuse, tourmentée et attachante, qui fait siennes toutes les interrogations de l'écrivain. Best love Rosie est un grand livre sur l'âge, la solitude, l'exil, le sentiment maternel et les chimères de l'amour.

Après avoir vécu et travaillé dans le monde entier, Rosie décide de rentrer à Dublin pour s'occuper de Min, la vieille tante qui l'a élevée. Rien n'a changé dans le quartier populaire où elle a grandi, et la cohabitation avec Min, dépressive et alcoolique, n'a rien d'exaltant. En feuilletant pour sa tante des ouvrages de développement personnel, l'idée vient à Rosie de s'occuper utilement en rédigeant un manuel pour les plus de cinquante ans. Sa seule relation dans l'édition vivant aux États-Unis, elle se frottera, non sans heurts, au marché américain...

Le roman s'emballe quand Rosie voit débarquer à New York la tante Min, qu'elle avait laissée, le temps d'un aller-retour, dans une maison de repos. La vieille dame est galva­nisée par sa découverte de l'Amérique : elle se fait des amies, trouve un travail, et pour rien au monde ne voudrait renouer avec son ancienne vie. Encore moins pour reprendre possession de la maison de son enfance, que l'armée veut lui restituer. Rosie, elle, tombe amoureuse de ce lieu magique de la côte irlandaise, et va, dans une osmose avec la nature enchanteresse et les animaux qu'elle adopte, s'y laisser pousser des racines.

La lucidité de Nuala O'Faolain, sa tendresse pour ses personnages, font merveille une fois de plus dans ce livre, où l'on suit avec jubilation souvent, le coeur serré parfois, les tribulations de ces deux femmes que lie toute la complexité d'un amour maternel qui ne dit pas son nom.

Née en Irlande en 1940, Nuala O'Faolain, auteur de cinq livres tous publiés chez Sabine Wespieser éditeur - parmi lesquels L'Histoire de Chicago May (Prix Femina étranger 2006) -, est morte à Dublin le 9 mai 2008.

Hiatus


Je ne lis pas moins, ô lecteur, mais de nombreux trajets entre Montréal et Gatineau m'empêchent de mettre par écrit les commentaires que j'aime à partager avec toi.

Je me suis permis une petite distraction amusante, la savoureuse Chronique du règne de Nicolas 1er de Patrick RAMBAUD. Bref narré des premiers mois au pouvoir de l'actuel Empereur de France, ce pastiche des Mémoires de SAINT-SIMON constitue un portrait plein d'esprit de la cour impériale et des courtisans qui s'agitent autour du Prince. Il nécessite toutefois une certaine connaissance de l'actualité politique de la France pour s'y retrouver, sinon un recours à Wikipedia sera utile. Pour mémoire, je rappelle le très savoureux pastiche de Marguerite DURAS, Mururoa mon amour, que RAMBAUD avait signé sous le pseudonyme de Marguerite DURAILLE en 1996...

Mot de l'éditeur :

« Même parvenu, Notre Précieux Souverain ne trouva point la paix en lui-même, tant il restait secoué en continu par des nervosités. Qui l’a vu fixe et arrêté ? Il ne bougeait que par ressorts. Si vous le retardiez dans sa course, vous démontiez la machine. Il marchait des épaules avec une façon personnelle de se dévisser le cou, remuant par courtes saccades comme s’il était engoncé dans un costume que lui taillait pourtant à sa mesure un artiste italien de renom. (…) Quand il parlait en public, plusieurs fois dans une même journée, il se rengorgeait ainsi qu’un pigeon et se livrait à de curieuses contorsions pour animer ses dires… » P.R.

Amusé, atterré, ébloui, agacé par la passion, l’amour et l’attention que suscite notre nouveau président – notre nouvel empereur, devrait-on dire –, Patrick Rambaud s’est lancé dans une chronique un peu particulière : conter, au jour le jour, l’éclosion de ce nouveau monarque, se fondant sur des faits vrais, mais dans l’esprit, avec la drôlerie et la cruauté de Saint-Simon… Dans cette chronique irrévérencieuse, on croise ainsi un souverain trépidant, une impératrice pincée qui règne sur son empereur, un dauphin de dix ans, des ministres empoudrés et fébriles, un duc de Bordeaux tragique, des barons à genoux… Rien n’échappe à la plume de notre chroniqueur, ni le short, ni le renouveau de la lampe Empire, ni les flagorneries des princes, ni les courbettes des petits marquis… ni, enfin, la folie amoureuse d’autres chroniqueurs et portraitistes un peu moins agacés.

Patrick RAMBAUD, Chronique du règne de Nicolas 1er, Grasset, Paris, 2008 (180 pages), maintenant disponible en format de poche.

vendredi 7 novembre 2008

L'excuse


Julie WOKLENSTEIN, L'Excuse, P.O.L., Paris, 2008 (345 pages).

Comme je j'écrivais dans un récent message, j'aimais bien ce roman; les cent premières pages environ; ensuite j'ai eu un long passage à vide pendant lequel je passais de l'agacement à l'exaspération, une autre grosse centaine de pages; puis, l'intrigue reprenant un peu de vigueur, j'ai filé allègrement jusqu'à la conclusion. La boucle est bouclée.

D'entrée de jeu, j'ai été séduit par l'idée qu'un personnage de roman, Nick, croie qu'un épisode de sa vie, ses rapports avec sa « cousine », Lise Beaufort, suit la trame d'un autre roman, Portrait de femme, d'Henry James, dont personnage principal, Isabel Archer, annonce, comme une prophétie, la vie de celle-ci.

L'histoire se passe de nombreuses années après la mort de Nick, quand Lise revient à Nantuket, après avoir hérité la propriété où ils se sont, jadis, rencontrés. Suit un jeu de piste, une sorte de chasse au trésor. Roman dans le roman, roman sur le roman, fiction et réalité. Tout va bien. C'est un très bon exemple de roman à tiroirs, les deux personnages s'affrontant au delà de la mort sur la fiction et la réalité. Encore qu'on pourrait bien dire que tout cela est très -- trop -- travaillé : l'auteur enseigne la littérature comparée et est une spécialiste d'Henry James...

Et pourquoi cette écriture « genre cool » toute dégingandée ? Cela fait très « parlé », mais vite on s'agace de ces phrases cousues d'inversions, aux relatives en suspens et à la grammaire approximative.

Pendant le passage à vide, je pensais, songeant au commentaire que je ferais, que je vous conseillerais d'ignorer le roman de Wolkenstein au profit de celui de James. Je n'irai pas, le livre lu, si loin : à cette réserve sur le style près, ce roman est étourdissant.

P.S. L'auteur utilise souvent le terme « persoc », emprunté à la science-fiction, pour désigner un téléphone portable. Devrait-t-on suivre son exemple ?

jeudi 6 novembre 2008

Citation

« Vous aussi, vous allez mourir, et ça ne me console pas. Votre mort n’est pas la mienne ; tout le monde y passe et personne à ma place. Vous allez mourir. Il a suffi d’un rien et vous voilà nez à néant. Si nous étions immortels, Dieu n’y survivrait pas. »

Raphaël ENTHOVEN, Les nouveaux chemins de la connaissance, France Culture

vendredi 31 octobre 2008

Lecture en cours

Julie WOKLENSTEIN, L'Excuse, P.O.L., Paris, 2008 (345 pages).

Cette fois encore, c'est une critique du Monde des livres qui a attiré mon attention sur ce titre, lequel ne vise pas l'acception courante du terme, mais, au jeu de tarot, une carte qui représente une sorte de joker (renseignements pris dans Wikipedia).

Un roman où les personnages revivraient l'histoire des personnages d'un autre roman, Portrait de femme, d'Henry James. Comme j'aime James (quelle allitération !), et les romans « à tiroirs », je me suis lancé. Après quelques pages, une petite recherche sur le roman de James, j'ai décidé de revoir le film que Jane Campion en a tiré il y a quelques années. Histoire de me replonger complètement dans l'atmosphère.

J'apprends en outre que L'Excuse figure sur la liste de quelques prix littéraires... je crois néanmoins que, jusqu'ici, c'est un très bon roman...

À suivre, donc.

jeudi 30 octobre 2008

Citation

« Je n'étais pas fait pour occuper ma propre existence... »

Jacqueline HARPMAN, Du côté d'Ostende, Grasset, Paris, 2006

Là où les tigres sont chez eux

mardi 28 octobre 2008

L'invention de la culture hétérosexuelle

Louis-Georges Tin, L’Invention de la culture hétérosexuelle, Éditions Autrement, 2008, Paris.

France Culture

Entendu l'auteur lors de la diffusion de l'émission de France Culture Du grain à moudre. Vaste sujet.

dimanche 26 octobre 2008

Sagan

Vu le film, cet après-midi. Moins pour le film que pour Sagan telle que recréée par la comédienne.

On ne trouve plus guère ses livres. J'imagine qu'on ne les lit plus beaucoup. Pour moi, je réécouterai avec plaisir cette voix de l'enregistrement qu'elle a fait de son autobiographie.

À la fin du film cette citation, sa propre épitaphe, rédigée à la demande de Jérôme Garcin :
« Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, "Bonjour tristesse", qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »

vendredi 24 octobre 2008

Brève

Jacqueline HARPMAN, Du côté d'Ostende, Grasset, Paris, 2006 (209 pages).

Un ami à qui je l'avais prêté me remet ce roman que j'avais, il y a deux ans, beaucoup aimé, comme le peu des autres livres que j'ai lus de cet auteur. Je retrouve quelques passages que j'avais alors soulignés, aveux désabusés du narrateur qui reconnaît, songeant au passé, qu'il n'était pas fait pour occuper [s]a propre existence :
J'étais un jeune homme plein d'avenir, je suis un homme sans passé. On se gaspille. [...] On vit au jour le jour, on transige comme on peut avec le désespoir, on s'amuses et tout à coup on compte avec épouvante le temmps qui a passé : quoi ? j'en suis là ? je suis devenu ce septuagénaire distingué ? où est mon espoir ? Où est mon avenir ? Le bonheur était toujours pour demain et en attendant je courais les plaisirs. La nuit va tomber : que le jour a été bref ! À peine si le soleil atteignait le zénith, à peine l'été flambait, je me dressais joyeux, le regard braqué sur l'horizon, le paysage est devenu trouble, je me suis frotté les yeux, c'était la presbytie.

Vendredi matin, et pourtant le soleil, de l'automne déjà sur le déclin, chauffe par la fenêtre.

mercredi 22 octobre 2008

Ah si j'étais un homme

Tristan GARCIA, La meilleure part des hommes, Gallimard, Paris, 2008 (309 pages).

Passablement encensé à sa sortie à Paris (qui n'est pas, comme chacun sait, la France) on se demande bien pourquoi. En fait, non, on le sait, car chaque année, la mode éditoriale lance ce genre de produit, appelé roman. Soyons clair, il s'agit de faire controverse et, partant, du fric. Avec, à la clef, si possible un prix, lui aussi dit littéraire.

À défaut d'être une oeuvre littéraire, nous avons entre les mains (desquelles il a failli maintes fois choir ces dernières heures) un livre.

Parlons-en.

Le plus achevé, dans cet ouvrage, côté style, c'est la chanson de Diane Tell, dont le texte figure passim, comme on l'écrit dans la langue juridique, et, pour l'essentiel, à la page 295. Notons, au passage, que l’auteur ne pousse pas la générosité jusqu’à citer le nom de l’auteur-interprète de cette chanson. Requiem pour un des protagonistes, Willie Miller de l'histoire, lequel part en fumée. De protagonistes, il y en a deux autres, Dominique Rossi, ancien militant gauchiste et homosexuel d'action, et Jean-Michel Leibowitz, philosophe médiatique. Le tout narré par Elisabeth L. laquelle est, au roman, ce que la blonde est au film d'action américain, la potiche de service.

Willie est une sorte de négatif de Rastignac : arrivé à Paris pour monter, il ne fait qu'en redescendre, dans le monde du sida qui se répand, de l'homosexualité qui milite et de la gloire qui se fait et se défait. Des amours, des haines, on se traite de nazi, de pédé, de sioniste, d'homophobe, et ce sont là les termes affectueux :

Will était incapable d'être méchant, je le pense sincèrement. Il ne croyait pas
vraiment à l'existence des autres. Il concevait sa vie comme une expérience, et
il n'attendait des autres aucune vérité, aucun jugement.
Ledit Will, peu après la publication de son premier roman, et moult télévisions nous lâche :

Je suis bien célèbre maintenant (il baillait), je sais même pas si c'est la
peine de faire, tu vois, une oeuvre. À quoi ça sert, en fait ?
Cette question, on se prend à regretter que l'auteur ne se la soit pas posée... Plus tard, c'est le déclin, le toujours dit Will philosphe :
Entre publié et oublié, ça fait, tu vois, qu'une lettre de différence. Une
lettre. Entre p et o, tu comprends ?

Je ne vous décrirai pas les deux autre protagonistes, Dominique et Jean-Michel, l’un et l’autres fortement inspirés de personnalités réelles – dont l’une l’a fort mal pris, regrettant même les jours heureux où les affaires d’honneur se réglaient en duel. Ils ne sont, tout comme Willie, que des marionnettes que l’auteur manipule sur le théâtre de la société, avec tout le mépris, on dit la haine de nos jours, que chacun porte envers l’autre, surtout quand il s’agit de déroger. Mais n’est pas duc de Saint-Simon qui veut. Tout cela fait très Paris Match, ou, pour le lecteur d’ici, très PKP.

Et tout cela, d’une écriture aussi bancale que banale, pour tout dire moderne et actu, mène au dernier chapitre La meilleure part, où la narratrice nous dresse la leçon de ce conte moral (dixit l'auteur, cette fois)...récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et -- en négatif -- de la meilleure. Je lui laisse la parole, admirez, au passage, l'élégance de la prose :
Les hommes dont la meilleure part n'est pas le coeur, mais tout autour d'eux,
leurs actes, leurs paroles, et tout ce qui s'ensuit, leurs parents, et leurs
héritiers -- ils se survivent, leur disparition n'est finalement qu'une
péripétie de leur plus longue durée, à nos yeux.

Resquiescat in pace.

Pour moi, j'aurais dû suivre mon premier sentiment et laisser tomber. Mais je n'aurais pas pu écrire ma note : choix cruel ô mon si rare lecteur.

jeudi 16 octobre 2008

Là où les tigres sont chez eux

Je cède à la paresse, faute de temps, ou plutôt de temps libre, et vous renvoie aux critiques de Évène et de Bernard Pivot pour un roman dont plusieurs parlent avec les derniers éloges et qui, las, n'a pas encore franchi la grande mer. À commander chez un libraire (pas dans un souk...).


Là où les tigres sont chez eux - Jean-Marie Blas de Roblès - Livre - EVENE

jeudi 9 octobre 2008

Économie

Lutte des classes à Wall Street, par Slavoj Zizek - Opinions - Le Monde.fr

Je n'aime pas à toucher à l'économie ou à la politique, mais devant la frénésie actuelle, j'ai cru utile de mettre cette réflexion du philosophe slovène Slavoj Žižek en ligne. Cela nous change des resucées qu'on lit dans la presse d'ici, notamment celle qui fait ce qu'elle peut...

Nobel

vendredi 3 octobre 2008

Bêtisier

Plus d'éditeurs dans les journaux :

Le maire Gérald Tremblay, accusé de manquer de leadership par Gilbert Rozon, du Festival Juste pour rire, en juillet 2007, puis par des gens d'affaires, a depuis repris le contrôle des grands projets au centre-ville afin de freiner l'immobilisme.
La Presse du vendredi 3 octobre.

Baisers de cinéma

Les Editions Gallimard - Vient de paraître





Éric Fottorino







BAISERS DE CINÉMA


FOLIO. 224 pages Prix Femina 2007

Je signale la parution en format de poche de ce très beau roman de celui qui est devenu, depuis, le directeur du quotidien Le Monde. Le lien vous ouvre sa page sur le site des éditions Gallimard.

jeudi 2 octobre 2008

Un éditeur se confie

L'éditeur aux mains d'argent | Bibliobs

Entretien très intéressant avec Jean-Marie Laclavetine qui est éditeur chez Gallimard (et aussi l'auteur de quelques bons romans). Dans sa déploration sur l'évolution du métier, j'aime quelques expressions : « bénéficier d'une surface médiatique » et « quelques irisations dans l'écume médiatique ».

mercredi 24 septembre 2008

Première

Simon LEYS, Le Bonheur des petits poissons : Lettres des Antipodes, Jean-Claude Lattès, Paris, 2008 (213 pages).

Une première pour moi, aujourd'hui, j'ai emprunté mon premier livre à la TGB (non, il ne s'agit pas de la Très Grande Bissonnette...), à laquelle je me suis inscrit une fois réunies les preuves de résidence requises. De nouveau Montréalais, après 27 ans. Voici l'ouvrage en question. Je l'entreprends toute affaire cessante.

Voici la note de présentation de l'éditeur :

Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promenaient sur le pont de la rivière Hao. Zhuang Zi observa : " Voyez les petits poissons qui frétillent, agiles et libres ; comme ils sont heureux ! " Hui Zi objecta : " Vous n'êtes pas un poisson ; d'où tenez-vous que les poissons sont heureux ? - Vous n'êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons ? - Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis savoir ce que vous savez. Mais comme vous n'êtes pas un poisson, vous ne pouvez savoir si les poissons sont heureux. - Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, quand vous m'avez demandé "d'où tenez-vous que les poissons sont heureux" la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant, si vous voulez savoir d'où je le sais - eh bien, je le sais du haut du pont. "

lundi 22 septembre 2008

Entre parenthèses

Julien GRACQ, Entretiens, José Corti, Paris, 2002 (317 pages).

Trouvé à la belle librairie de la rue de Laroche, Bonheur d'occasion, ce recueil d'entretiens donnés par Julien Gracq de 1970 à 2001.

J'ai beaucoup apprécié les commentaires sur l'écriture et le roman, ainsi que sur la littérature; mais j'ai été particulièrement étonné pas le grand intérêt de Gracq pour l'oeuvre de Jules Vernes, et son intime connaissance de l'oeuvre de celui-ci.

À l'évidence, ce livre s'adresse en premier à qui est un peu familier de l'oeuvre de ce discrèt géant des lettres françaises. Ce qui me permet de vous recommander, comme je le fais constamment à mes amis, Le rivage des Syrthes.

jeudi 18 septembre 2008

Rentrée bis

« Cette impression jamais atteinte de profusion, de gigantisme, de métastase devant la production romanesque de la rentrée, cette sensation, si splendidement résumée par Jean Paulhan, de lire des " livres-que-c'est-pas-la-peine ", en voici, lumineuse comme l'éclair sur fond de nuées grises l'explication !

Les candidats aux prix d'automne, si brillants qu'ils se montrent, si émus, si impatients de s'exprimer, ont terriblement l'air de concourir à date fixe, de tâter du roman parce que c'est l'époque et le moment, de publier pour la seule raison que leur position dans l'édition ou les médias leur en donne le droit, pour calmer un ego en manque d'image d'artiste... »

Ceci a été publié le 18 septembre dans Le Monde. Le 18 septembre 1987 ! Écrit par Bertrand Poirot-Delpech.

Il m'arrivant, avant Internet, de découper des articles dans les journaux. Celui-ci est tombé du roman dont il est la critique, Ève, de Guy HOCQUENGHEM. Livre que je replaçais dans ma bibliothèque selon l'ordre alphabétique que j'avais, en vidant les boîtes, un peu malmené.

Vingt-et-un ans tout juste.

Sur le coup, vous connaissez mon sentiment sur l'agitation de la rentrée, j'ai décidé de le relire. Je m'en souvenais, l'histoire n'est pas banale, mais le titre de l'article de BPB, comme on l'appelait parfois, a piqué ma curiosité : « Enfin un roman nécessaire ! »

Hormis quelques gadgets techniques -- introduisez l'omniprésence du téléphone, et le récit est chamboulé --, il ne semble pas avoir vieilli. Au contraire.

Après une cinquantaine de pages, c'est comme s'il était tout neuf. C'est dire, aussi, que je le suis un peu moins. Je vais donc délaisser un peu Onfray pour ce roman. À suivre, comme on dit parfois.

Guy HOCQUENGHEM, ÈVE, Albin Michel, Paris, 1987 (321 pages) (L'édition de poche date de 1992, il y a eu une nouvelle édition en 2000)

lundi 15 septembre 2008

Rentrée


La littéraire se fera sans moi cette année, ni l'un ni l'autre ne s'en porteront plus mal j'en suis certain. Les auteurs d'élevage lanceront leurs produits et, tandis que le quidam s'émeut d'une bactérie dans son fromage, il ne s'inquiète guère des nullités qui s'empileront sur les étals des marchands avant de finir au pilon.

Ne croyez pas que je succombe à une crise profonde d'acédie, comme écrirait le très atrabilaire Jean Clair, nenni. Je suis tout au bonheur, délaissant les affres de mon installation constamment différée, de redécouvrir Montréal, le parc Lafontaine, la Grande Bibliothèque (les petits peuples ayant peu de moyens ont l'épithète emphatique), quelques authentiques librairie et le plaisir de la déambulation dans un quartier que j'apprends à connaître.

Mais surtout, j'ai appris qu'on me lisait. Une âme charitable m'a confié avoir parcouru ces lignes.

Un lecteur avoué ! Du coup j'ai décidé de reprendre du clavier et de partager mes notes de lecture.

Pour l'heure, je fais du rattrappage :

Michel ONFRAY, La lueur des orages désirés - Journal hédoniste 4, Grasset, Paris, 2007 (341 pages)

Onfray, c'est Onfray. Le poisson rouge qui pense en dehors du bocal, et c'est plutôt rare. On redonne dans l'athéologie, il n'est pas inutile d'y revenir encore et toujours, pour apprendre, fait « incontournable », que l'on vit avec un squelette, et que le squelette n'a pas d'avenir sur la terre comme aux cieux.

J'y reviendrai.

vendredi 22 août 2008

Brève

Tout d'abord le déménagement, les livres dans les cartons. Puis les travaux dans le nouvel appartement, et les livres toujours dans les cartons. Fatigue, j'arrive à peine à lire les journaux en ligne.

Les livres sont maintenant dans leurs rayons, mais je ne lis toujours pas. Grosse fatigue.

Alors écrire...

vendredi 25 juillet 2008

Trop longtemps

Premier message depuis le 6 juin.

Les préparatifs du déménagement, celui-ci -- qui s'est bien passé -- les travaux dans l'appartement -- un peu moins bien, et durent encore -- et la lente installation m'ont tenu éloigné de la lecture et, partant, de l'écriture.

Je me sens prêt à revenir à l'une et à l'autre.

Quoique je n'ai pas tout à fait cessé de lire : Malraux surtout : Hôtes de passage, un peu autour de cette omniprésente commémoration de Mai 68, et fort peu cité d'ailleurs; dans la foulée Les chênes qu'on abat, dialogue avec De Gaulle; puis Goya. Je ne cesse d'être fasciné par son écriture...

Le thé est prêt.

mardi 3 juin 2008

Auteurs, hauteurs.

Finkielkraut a, comme souvent, le commentaire juste. Quel héritage laisserons-nous ? Y aura-t-il seulement des héritiers ?

Palme d'or pour une syntaxe défunte, par Alain Finkielkraut - Opinions - Le Monde.fr

vendredi 30 mai 2008

Citation

« Il faut se prêter à autrui et ne se donner qu'à soi-même ».

Michel de Montaigne

lundi 26 mai 2008

Cartons

C'est lundi que les livres iront dans leurs cartons. Et moi, je vais commencer les allers-retours entre Ottawa et Montréal; les au revoirs qui seront des adieux; les regrets et les remords. La hâte que tout cela soit fait. La joie de défaire les cartons, et de retrouver mes livres. Là, je ne serai plus chez moi, mais chez nous. Enfin.

Un roman accidenté

Philippe BESSON, Un homme accidentel, Julliard, Paris, 2007 (244 pages).

Voilà un roman qui n'est pas mauvais, pis : inutile.

Los Angeles : flic forcément moyen; forcément bientôt père; collègue forcément irlandais au grand coeur; forcément un meurtre; forcément une victime trouble; dans les parages, forcément, un jeune acteur. Et forcément, le placard s'ouvre.

S'il se passait dans l'autre camp, on dirait un roman de midinettes; de ce côté-ci, c'est à la fois très gay et pas très gai. Forcément, le châtiment tombe.

Un scénario pour la télévision ?

Il n'y a déjà pas de style, mais des dialogues, suffirait de mettre des images, et quelques belles gueules.

Citation avec anacoluthe qui résume bien le tout :
Et de toute façon, qu'irait faire un flic avec une starlette, qui plus est quand leurs chemins se croisent en enjambant un cadavre.
À la vérité, Besson a déjà fait mieux, notamment quand il pastichait Duras.

Pour la plage, à la rigueur, mais attendez l'édition de poche, elle ne saurait tarder.

lundi 19 mai 2008

Le chat l'a mordue, et puis...

Paula FOX, Personnages désespérés, traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie Hélène Dumas, préface de Jonathan Franzen, Folio Gallimard, 2007 (261 pages)

Tombée dans l'oubli de son vivant, ressuscitée par J. Franzen, finalement traduite en français, voici Paula Fox. Les préparatifs de mon déménagement m'empêchent de vous en dire plus. C'est bref, c'est concis : cela frappe dur. La prose m'a rappelé à Jean Rhys. J'y reviendrai. Retour à mes cartons.

lundi 12 mai 2008

Lire, oui, mais écrire...



Plus de trois semaines depuis, comme on dit en termes médiatiques ou présidentiels, ma dernière intervention. Point de maladie pourtant, ni de bling-bling, mais un horaire de plus en plus chargé par les préparatifs de mon imminent « grand dérangement » : le retour à Montréal après 25 ans.

Bref, Je lis autant, je prends des notes, mais paresse aidant, je procrastine à la bafouille.

Depuis le dernier Chantal Thomas, il y aura eu deux Régis Debray, Un candide en Terre sainte et Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations, avec, toujours dans la foulée du livre de Jean-Claude Michéa quelques allers-retours dans La démocratie en Amérique de Tocqueville et, histoire de mieux fonder mes connaissances sur le sujet, dans Le capitalisme -- Les origines de Jean Baechler. Ce n'est pas le plein-emploi, mais, vous le constatez, je ne chôme pas de l'oeil.

Il y aura eu, enfin et surtout, l'exquis La belle maison, de Franz Bartelt (Éditions Le Dilettante), dont le récent Pleut-il ? m'avait déjà ravi. J'y reviendrai, c'est une promesse.

Présentation de l'éditeur
Les meilleures intentions du monde ont quelquefois des conséquences tragiques. Les Capouilles, seuls pauvres authentiques de la petite ville, vont pâtir des bienfaits dont les comblent les autres habitants, lesquels ne comprendront pas à temps que ce n'est pas parce qu'on n'a rien qu'on n'a rien à cacher.

dimanche 20 avril 2008

En cours


Chantal THOMAS, Cafés de la mémoire, Seuil, Paris, 2008 (346 pages)

Présentation de l'éditeur :

Avec légèreté et mélancolie, ironie et émotion, Chantal Thomas met en scène sa jeunesse, ses études, ses errances. C'est à Nice, par une nuit de Carnaval, qu'elle commence son récit. Quelques huîtres, un verre de vin. L’œil aux aguets pour observer ses voisins. Et tous les cafés de la mémoire resurgissent, cafés-vitrines, cafés secrets, café des spectres et café des artistes… Entre le temps de l'enfance à Arcachon, Bordeaux, puis Paris, se raconte l’histoire d’une jeune fille qui, exaltée par l’exemple de Simone de Beauvoir, veut devenir philosophe, s’inventer une vie nouvelle. Mais, très vite, c’est dans le grand livre du monde qu’elle va faire son apprentissage. Alors elle accorde aux rencontres de hasard et aux ivresses qu’elles lui procurent l’entière confiance qu’elle accordait au savoir. Cette autobiographie librement menée se situe entre 1945 et 1969, entre la libération de la France et la démission du général de Gaulle, c’est dire qu’elle est aussi le tableau d’une génération, le récit du triomphe de la jeunesse, de son éclat d’insouciance et de fête.

La Culture du narcissisme – La vie américaine à un âge de déclin des espérances


Christopher LASCH, La Culture du narcissisme – La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Champs Flammarion, Paris, 2006 (édition originale 1979), 332 pages.
Dans la foulée du livre L'empire du moindre de mal, de Jean-Claude MICHÉA (voir billets ci-dessous), j'ai décidé de me plonger dans le livre de Christopher LASCH, un de ceux sur lequel MICHÉA s'appuie. Ce n'est pas une lecture simple, mais, diantre, s'il y a le gym pour le tonus musculaire, quoi de mieux qu'une bonne lecture stimulante pour les synapses ?

Ce que je trouve tout simplement extraordinaire est que, à quelques passages près, cet essai n'a pas pris une ride : il a été publié en 1979 ! Tout y est, capitalisme, famille, individu. Ont essayé de le tirer de leur côté, tant la droite « c'était bien mieux dans les années 50, cheveux courts et respect de l'autorité », que la gauche « c'était bien mieux dans les années 60, flower power et peace & love ».

Oui, Narcisse se porte bien, et il nous tend un miroir.

Présentation de l'éditeur :
En se proposant de décrire « l'homme psychologique de notre temps » - avec sa peur de vieillir et son immaturité si caractéristique -, cet essai ne donne pas seulement à comprendre les tourments et les contradictions de la vie quotidienne, mais aussi - et surtout - les conditions politiques et culturelles qui en commandent le sens. A savoir, la montée en puissance - et en visibilité médiatique - de ces nouvelles catégories sociales, qui sont liées à la modernisation du capitalisme et dont la fausse conscience libérale-libertaire a fini par devenir l'esprit du temps.

Cet ouvrage de Lasch jette une lumière décisive sur le paradoxe politique le plus étonnant de ces trente dernières années : l'extension à toutes les sphères de la société - à commencer par les médias - d'un esprit de contestation permanente des « valeurs bourgeoises » dont chaque brillante intuition se révèle invariablement n'avoir été que la simple bande-annonce des figures suivantes de l'esprit capitaliste.
Table des matières :
  • L'INVASION DE LA SOCIETÉ PAR LE MOI
  • LA PERSONNALITÉ NARCISSIQUE DE NOTRE TEMPS
  • LA RÉUSSITE SOCIALE, HIER ET AUJOURD'HUI DU TRAVAIL À LA SÉDUCTION
  • LA BANALITÉ DE LA PSEUDO-CONNAISSANCE DE SOI : LE THÉATRALISME DE LA POLITIQUE ET DE L'EXISTENCE QUOTIDIENNE
  • DÉCLIN DE L'ESPRIT SPORTIF
  • DÉCADENCE DU SYSTEME ÉDUCATIF
  • L'ENFANT ET LE TRAVAILLEUR : DE L'AUTORITÉ TRADITIONNELLE AU CONTROLE THÉRAPEUTIQUE
  • LA FUITE DEVANT LES SENTIMENTS : SOCIOPSYCHOLOGIE DE LA GUERRE DES SEXES
  • L'AVENIR CONDAMNÉ : LA PEUR DE VIEILLIR
  • UN PATERNALISME SANS PÈRE
Christopher Lasch - Wikipédia
La Culture du narcissisme – La vie américaine à un âge de déclin des espérances

vendredi 18 avril 2008

L'empire du moindre mal - Suite

La recension du livre de Jean-Claude Michéa dans la Revue du MAUSS (mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) explique bien mieux que je ne suis arrivé à le faire. Ceux que son analyse intéressent trouveront, en outre, sur le site du MAUSS une entrevue-dialogue avec Michéa.

Bonne lecture !

L’empire du moindre mal - Revue du Mauss permanente

lundi 14 avril 2008

Pierre SENGES


J'attends avec impatience le nouveau SENGES, Fragments de Lichtenberg Verticales Gallimard. En attendant qu'il franchisse l'Atlantique, vous pouvez rencontrer l'auteur dans le Matricule des anges, dont voici la couverture.

lundi 7 avril 2008

L'empire du moindre mal

Jean-Claude MICHÉA, L'empire du moindre mal --Essai sur la civilisation libérale, Climats Flammarion, Paris, 2007 (211 pages).

Voici un livre qui, je le crains, ne sera que peu lu. Les citoyens, s'il en reste, n'ont plus d'yeux que pour le spectacle, qu'il soit télévisuel ou de soi, et la presse, pour l'essentiel, n'est plus que le bras séculier de l'empire marchand. Nous vivons dans ce monde que Tocqueville a prévu, il est là. Michéa, avec un recul très intelligent, le décortique, l'analyse et pense à demain. Le libéralisme : un itinéraire.

Qui suis-je pour parler de ce livre ? Personne, un vague quiconque, un chacun anonyme, comme beaucoup d'entre nous qui fréquentent Internet; mais qui est inquiet du monde et de ne pas comprendre le discours, omniprésent, du tout-à-l'économie. Et ne se résout pas à n'être qu'un individu et non plus un citoyen. Mondialisation, globalisation, notre religion est, nous dit-on et redit-on partout, faite. Voire !

Or ce livre-ci permet de comprendre (il y en a d'autres, certes, mais ne divaguons pas). Et de prendre position.

Pas seulement utile, mais essentiel.

Il est usuel de faire remonter le libéralisme aux Lumières, mais Michéa, lui, en place l'origine aux guerres de religion qui ont déchiré l'Europe aux XVIe et XVIIe siècles : il a bien fallu trouver un moyen de mette fin à ces guerres « civiles » de tous contre tous, où chacun ayant Dieu dans son camp, il fallait purger le monde de l'autre, incarnation du mal. Des « politiques » -- ainsi nommait-on ces premiers pragmatiques -- ont donc imaginé de séparer politique et économie de la morale de façon à « privatiser » la religion. L'État n'aurait donc plus qu'à faciliter les échanges, et à canaliser les intérêts de chacuns. Bref, à défaut de convertir chacun à la vraie et unique religion, le moindre mal était de faire des affaires... Le Marché et le Droit règleront tout.

Depuis, le libéralisme a si bien fait qu'il est devenu comme un religion, et s'impose désormais à chacun, gauche et droite confondues. Il en serait même arrivé à un point, selon l'auteur, où il pourrait succomber à sa propre logique, instaurant à nouveau une guerre de tous contre tous, mais aussi la guerre de chacun contre soi. Le paroxisme de l'individualisme étant atteint-- chacun est égal à l'autre, chacun se vaut -- comment désormais pacifier les rapports entre les individus ? C'est ce qu'explique l'auteur, explication qui devrait en surprendre plusieurs et leur dessiller les yeux sur le monde, politique et économique confondus.

Le style de Michéa est simple et direct, ses arguments sont présentés avec clarté, les points nécessitants de plus ample développements, ou plus techniques, étant placés à la fin des chapitres.

Je le redis, une lecture non seulement utile, mais nécessaire.

Dans la foulée, je recommande aussi :

Christopher LASH, La culture du narcissisme et Le seul et vrai paradis, Champs Flammarion.

Olivier REY, Une folle solitude : le fantasme de l'homme auto-construit, Seuil

dimanche 6 avril 2008

Le boulevard périphérique

Henry BAUCHAU, Le boulevard périphérique, Actes Sud, Arles, 2008 (255 pages).

Le boulevard périphérique, c'est la basse continue de ce roman. Le périphérique, c'est ce qu'il y a autour de la ville, traversant les quartiers éloignés du centre de la ville, de part et d'autre de ses limites. Le plus court chemin entre deux points étant un cercle, car en automobile point de vol d'oiseau. Le plus court chemin en principe, car pour ce qui est du temps, l'anneau périphérique ne réserve qu'embarras, bouchons et lenteur. On peut aussi voyager à la périphérie d'une vie, de souvenirs : le roman devient alors le périphérique de la littérature. En attendant, il perment au narrateur de se rendre à l'hôpital.

Il s'y rend aussi en bus et en métro et, si le trajet n'est pas moins long, il laisse le narrateur libre de penser et de revenir plusieurs années en arrière. Le temps de lire aussi; que lit-il, lui le psychanalyste, en attendant l'autobus pour aller visiter l'épouse de son fils, mourante du cancer ? Histoire de la mort en Occident de Philippe Ariès : Les vivants étaient aussi familiers avec les morts que familiarisés avec leur mort. Ce roman est celui d'une familiarité avec la mort, où le narrateur est familier avec un mort : Sébastien. Le passé, lui, n'est pas mort, à la fois exaltant et douloureux, celui du temps de la guerre, et de la rencontre avec Sébastien.

Un autre personnage hante le roman, Shadow, celui qui, russe blanc au service des Nazis, sera le bourreau de Sébastien. Deux manières d'être, l'un ancré dans la terre, l'autre, alpiniste, tout à la verticale.

Pour le narrateur, l'ombre et la lumière. Une lumière qui l'a ébloui, dans sa nudité, et l'a touché au plus profond de son être. La mort est passé par là, autrefois, elle rôde encore, et se manifestera encore. Le périphérique, lui, nous rapproche, lentement, de ce qui n'a pas été dit, de ce qui est demeuré inconscient. Ce qui n'a pas été dit sera écrit, lentement. Longtemps après.

Que se serait-il passé si... ? Ce qui est fait est fait, pour le narrateur, une vie vécue en survivant avec le seul souvenir. Puis l'écriture, découlant du besoin d'écrire, sera le périphérique qui mènera le narrateur à sa vérité. La découvrir avec lui nous permettra de l'accompagner sur son chemin d'ombre et de lumière.

C'est un chemin qu'il est beau de faire.

Un enfant de l'amour


Doris LESSING, Un enfant de l'amour, traduit de l'anglais par Isabelle D. Philiippe, Flammarion, Paris, 2007 (187 pages).

Bref roman, et bien ficelé,même si la ficelle est un peu trop apparente, et dont la lecture a sans doute souffert de celle, trop récente, de Les grand-mères (voir la note de lecture). Les parallèles entre les deux nuisent peut-être à une lecture trop rapprochée. Certes, les dialogues sont vifs, on perçoit les difficiles rapports entre les classes sociales. Les hommes ne sont pas grand chose. Et pour qu'ils existent, encore faut-il qu'ils soient jeunes. Mariés et pères, ils deviennent caricatures, une tache sur le papier. Les femmes sont, comme dans l'autre roman, en paire d'amies. Jeunes, riches et belles. Oisives évidemmetnt.

Ici le héros, homme sans qualités s'engage dans l'armée au début de la Dernière Guerre. Après l'entraînement c'est le départ, non pas pour le front, mais pour une destination tenue secrète, qui se révèlera être, après une longue et pénible traversée, les Indes, où l'Empire vit ses derniers jours. À l'étape du Cap, une passion avec une de ces femmes, Daphné, peut-on dire une histoire d'amour, tant elle est brève et épidermique, d'où naîtra l'enfant de l'amour éponyme. Mais le héros ne l'apprendra que bien plus tard, une fois rendu aux Indes. Sa vie pourtant en sera changée, mais rien de changera, pourtant. La guerre finira, il reviendra en Angleterre. Il ne se sera pas battu, ayant tenu un poste subalterne dans « l'intendance ». Un emploi, un mariage. Un enfant. Le temps passera. Une photo de l'enfant de l'amour. Du temps. Le roman se termine.

Et l'amour dans tout cela ? Voilà qui laisse de marbre.

mardi 1 avril 2008

Le boulevard périphérique


Henry BAUCHAU, Le boulevard périphérique, Actes Sud, Arles, 2008 (255 pages).
« Quand je la vois, je me sens submergé. Submergé par l'admiration, par le désir, par le plaisir, par la tendresse, parfois par une étrange désespérance. À ces moments-là je sais que je ne la vois plus comme elle est. Je suis dans la vague, je ne la vis plus comme une personne, mais comme une légende parmi les saisons, les odeurs, les parfums, dans l'intense précarité de la jeunesse, du plaisir, du désir qui cherchent de plus grands qu'eux. »
Nonagénaire, Henry Bauchau est romancier, poète et dramaturge depuis une cinquantaine d'années : et je ne le découvre qu'aujourd'hui. Il était temps, car la lecture de son dernier roman -- j'en suis au tiers -- m'enchante. Illustration de la nécessité de la critique et, je l'avoue, de la réclame; c'est en effet une annonce dans Le Monde qui m'a attiré, puis la critique quelques semaines plus tard. Chose étrange, c'est le seul titre de lui disponible à la bibliothèque d'Ottawa.

J'y reviendrai.

dimanche 30 mars 2008

Henry Bauchau

Je viens d'entreprendre la lecture du récent roman de cet auteur, Le boulevard périphérique, et j'ai crû bon, avant de le commenter, de vous suggérer de lire l'entretien qu'il a accordé à EVENE.

INTERVIEW DE HENRY BAUCHAU - Actualité Livres - EVENE

samedi 29 mars 2008

Pleut-il ?

Franz BARTELT, Pleut-il ?, Gallimard, Paris, 2007 (225 pages).

Je crois avoir trouvé, pour mon plus grand plaisir, un digne successeur à mes chers Alexandre Vialatte et Daniel Boulanger. Et qui se retrouvera à leurs côtés sur mes tablettes. J'espère que vous saurez l'apprécier également, et qu'ainsi la réputation que j'ai de ne recommander que des titres austères ou difficiles sera démentie.

De l'araignée comme métaphore de l'artiste marginal à la cueillette des champignons comme image de la littérature en passant par l'illustration littéraire de la gaufre et la révolte devant l'injuste jeu d'origine anglo-saxonne qu'est le Scrabble, tout y est un plaisir de finesse et de raffinement. Que dire de la suite de cinq dialogues qui ferment le volume, et qu'on aimerait voir monter au théâtre -- je laisse à chacun le soin de trouver les voix idéales.

Que de la fraîcheur et de la légèreté, mais sans aucune mièvrerie dans le genre Delerm, ni prétention à jouer au moraliste. Je recommande particulièrement à tous les économistes patentés qui nous bassinent de leur jargon le chapitre sur l'externalisation du poète. Un bijou de drôlerie. Je ne résiste pas à la tentation de vous donner un extrait :
À vrai dire, j'écris comme je vais au champignons. J'effleure la page blanche comme j'effleure le tapis d'aiguilles compactées, sans stratégie, dans cette précarité très souple de la divagation. Je n'attends rien. Mais, à force, je finis par découvrir le champignon, la phrase, le début de poème ou de nouvelle. Et si je ne le trouve pas, je trouve tout de même que la promenade valait d'être promenée. Quoi qu'on fasse, on va toujours sur le chemin qui va là où on veut aller après avoir compris qu'on n'ira jamais là où on voulait aller.

dimanche 23 mars 2008

En cours...


Jean-Claude MICHÉA, L'empire du moindre mal -- Essai sur la civilisation libérale, Climats Flammarion, Paris, 2007 (211 pages)

Présentation de l'éditeur
L'ambition du libéralisme est d'instituer la moins mauvaise société possible, celle qui doit protéger l'humanité de sa folie idéologique. Pour ses partisans, c'est la volonté d'instituer le règne du Bien qui est à l'origine de tous les maux accablant le genre humain. C'est en ce sens que le libéralisme doit être compris, et se comprend lui-même, comme la politique du moindre mal. Il fait donc preuve d'un pessimisme profond quant à l'aptitude des hommes à édifier un monde décent. Cette critique de la " tyrannie du Bien " a un prix. N'exigeant rien de ses membres, cette société fonctionne d'autant mieux quand chaque individu se consacre à ses désirs particuliers sans céder à la tentation morale.

Comment expliquer alors que cette doctrine, à mesure que son ombre s'étend sur la terre, reprenne, un à un, tous les traits de son plus vieil ennemi, le meilleur des mondes, jusqu'à se donner, à son tour, pour objectif final la création d'un homme nouveau ?

Ce livre décrit ce processus, et son aboutissement, tant dans sa version économiste, centrée sur le Marché et traditionnellement privilégiée par la " Droite ", que dans sa version culturelle, centrée sur le Droit, et dont la défense est désormais la seule raison d'être de la " Gauche ". Il saisit admirablement la logique libérale dans le déploiement de son unité originelle tout en élaborant les fondements d'une société décente coïncidant avec la défense de l'humanité elle-même. D'une densité et d'une ambition exceptionnelles, il redonne toute sa place à la figure de l'homme révolté à un moment où beaucoup la souhaiteraient voir disparaître.

mardi 18 mars 2008

Précision

Pour les lecteurs de la francophonie, qui ont peu de chance d'être au fait de l'existence de telle ou telle célébrité de clocher de « chez nous », Mlle Denise Bombardier, ma tête de turc favorite (ce n'est pas gentil pour les Turcs, j'avoue...) est une femme médiatique du Québec qui se dit journaliste parce qu'elle sévit dans un quotidien de Montréal et qui, ayant eu une enfance à l'eau bénite, est surtout une de ces innombrables donneuses d'avis, moralisatrice et en rien moraliste, sur tout et sur rien, grande resssasseuse de lieux communs. Elle commet aussi, de loin en loin, des textes, dits littéraires, qui constituent d'exellents modèles d'anti-grammaire et sémantique françaises.

J'écris « Mademoiselle », car c'est ainsi, qu'en Français, on s'adresse au femmes des milieux du théâtre, mariées ou non.

Les curieux peuvent toujours vérifier dans le site Wikipedia, cette notice n'étant pas dénuée de mauvaise foi...

lundi 17 mars 2008

Les Grand-mères



Doris LESSING, Les Grand-mères, traduit de l'anglais par Isabelle D. Phillippe, J'ai Lu, Paris, 2007, (95 pages).

Dans les nouveautés reçues à la Bibliothèque d'Ottawa.

Texte bref, tiré d'un recueil de nouvelles, dans ce style anglais que j'aime tant, celui de ces dames anglaises où la concision est incisive, l'économie vertueuse. Je pense notamment à Jean Rhys et Elizabeth Taylor que l'on aurait avantage à redécouvrir.

En l'espèce, deux mamies entourées de leurs fils et de leurs petites-filles soudées par les liens d'une amitié ancienne et de la famille. Et c'est, pourtant, par l'une des brus que le drame arrive. Livre de femmes, car les hommes, surtout s'ils sont pères, sont sans qualité. C'est donc l'histoire de cette longue amitié fusionnelle -- certains les croient lesbiennes -- entre deux femmes et de leur liaison, croisée, avec le fils de l'autre. Pas banal, voyez-vous.

Présentation de l'éditeur :
Un texte sulfureux et dérangeant sur des amours scandaleuses. Doris Lessing est connue dans le monde entier pour ses luttes contre le racisme, le capitalisme et pour son féminisme, la plume de la grande dame des lettres anglaises résonne encore haut et fort.

dimanche 16 mars 2008

La Saint-Barthélemy


Arlette JOUANNA, La Saint-Barthélemy -- Les mystères d'un crime d'État, Paris, 2007 (416 pages).

Un ami m'a demandé, qui me voyait lire ce nouveau titre, paru dans la belle collection Les journées qui ont fait la France, ce qu'il y avait bien encore à apprendre de cet horrible crime découlant de l'absolutisme monarchique et du fanatisme religieux. Certes, les faits sont connus (voir ci-dessous). Mais la lecture qu'on en fait, et surtout de celle des historiens des deux côtés, catholiques et protestant, a quelque peu évolué.

Présentation de l'éditeur :
Le 18 août 1572, Paris célèbre avec faste le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre, événement qui doit sceller la réconciliation entre catholiques et protestants. Six jours plus tard, les chefs huguenots sont exécutés sur ordre du Conseil royal. Puis des bandes catholiques massacrent par milliers « ceux de la religion » – hommes, femmes, vieillards, nourrissons...

Comment est-on passé de la concorde retrouvée à une telle explosion de violence ? Comment une « exécution préventive » de quelques capitaines a-t-elle pu dégénérer en carnage généralisé ? Quel rôle ont joué le roi, la reine mère, les Guises, le très catholique roi d'Espagne ? De ces vieilles énigmes, Arlette Jouanna propose une nouvelle lecture.

La Saint-Barthélemy n'est l'œuvre ni des supposées machinations de Catherine de Médicis, ni d'un complot espagnol et encore moins d'une volonté royale d'éradiquer la religion réformée. Charles IX, estimant sa souveraineté en péril, répond à une situation d'exception par une justice d'exception. Mais en se résignant à ce remède extrême, il installe, sans en faire la théorie, une logique de raison d'État.

Cette tragédie, vécue comme une rupture inouïe, suscite une réflexion foisonnante sur les fondements du pouvoir, les limites de l'autorité, la légitimité de la désobéissance ; sur le danger aussi que font courir les divisions religieuses aux traditions du royaume. Mais cet effort de restauration politique va se heurter à la sur-sacralisation du roi, qui ouvre la voie à l'absolutisme des Bourbons.
Ainsi constate-t-on que notre époque n'a rien inventé en ce qui a trait à ce qu'on appelle maintenant la frappe préventive. Ni en ce qui touche la construction de l'opinion publique.

Ni, hélas, en ce qui touche la barbarie meurtrière, quand elle ne peut supporter la présence de l'Autre.

Il a lu Mlle Bombardier.


Franz BARTELT, Pleut-il ?, Gallimard, Paris, 2007 (225 pages).

En vérité, oui, l'auteur, Franz BARTELT, dont j'avais il y a deux ans tant apprécié le recueil de nouvelles Le bar des habitués (repris depuis en Folio), aurait lu Mlle Bombardier. J'en veux pour preuve, comme elle le dirait sans doute, mais je ne puis en témoigner car je ne sais guère si, et quand, elle sévit à la télé ou sur quelques autres ondes, le passage suivant :
On s'ennuie à lire, quelquefois. C'est vrai qu'il m'arrive de déchiffrer des romans sans intérêt et d'y puiser une satisfaction trouble, très confuse, comme d'être occupé à des pratiques d'une extrême futilité, plus inutiles même que l'inactivité totale.
Il ne la nomme pas, évidemment, mais chacun l'aura reconnue.

C'est peu dire que je vous recommande vivement ce livre, ni roman, ni essai, surtout pas biographie ni, horreur, auto-fiction, mais pensées, organisées en sept chapitres, sur la littérature, la poésie, la vie.

Mais, à lire plus avant, un doute me vient : cet ennui de lire le rend heureux, or comment, fût-ce par ennui, la prose de la demoiselle de Très Grande Vertu du Devoir pourrait-elle rendre heureux ?

Peut-être ai-je, trop rapidement, prêté un lecteur à celle-ci ?

samedi 8 mars 2008

Pérégrinations informatiques

Au hasard d'une recherche, je suis arrivé à la page de la librairie bordelaise Mollat, laquelle tient, ô joie, un podcast littéraire, que je vous recommande vivement. Entre autres recommandations, trois titres de Franz BARTELT, dont j'avais, naguère, beaucoup apprécié le recueil de nouvelles Le bar des habitudes.

Voici les titres, ainsi qu'une présentation du libraire David VINCENT :

Pleut-il ?, Les Noeuds, La belle maison

Pour les anxieux, les ratiocineurs, les coupeurs de cheveux en quatre et autres chercheurs de poils sur les œufs, Franz Bartelt ébauche ici un vademecum idéal. Répondant à quelques unes des mille questions que la langue et sa réalité nous posent à chaque instant, il s’inquiète avec humour de l’absence de statistiques sur la gaufre, de l’avenir de la jeune création (la vieille création) et de l’imperfection manifeste d’une nature que l’on dit pourtant parfaite. Ses réponses, pour absurdes qu’elles puissent paraître n’en sont pas pour autant sottes et recèlent d’avantage de vérité qu’un cartésien obtus pourrait le croire. Derrière cet auteur et son livre, se dissimulent une ironie voltairienne de la meilleure veine. Du même Franz Bartelt, David Vincent recommande également la lecture des Nœuds et de La belle maison.

Bêtise (suite)

Un article du Monde des Livres commentant la publication du Bréviaire de la bêtise d'Alain ROGER. Dans la suite du Petit lexique de la bêtise actuelle.

Le Monde.fr : Alain Roger : aux sources de la bêtise - Livres

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jeudi 6 mars 2008

Histoire de la laideur


Umberto ECO (sous la direction d'), Histoire de la laideur, Flammarion, Paris, 2007 (453 pages).

Emprunté à la bibliothèque, donc à lire en trois semaines. Bigre.

mercredi 5 mars 2008

Petit lexique de la bêtise actuelle

Christian GODIN, Petit lexique de la bêtise actuelle - Exégèse des lieux communs d'aujourd'hui, Nantes, Éditions du Temps, 2007 (223 pages)

Petit lexique bien ficelé, mais pourtant petite déception à la lecture. Si les articles « de civilisation » citant des lieux communs sur, notamment, le boudhisme, la liberté de choix, la conscience, l'égalité, tombent en plein dans le mille, ceux où il est question de morale me semblent nettement moins réussis.

À dire le vrai, j'ai, en effet, eu l'impression, à lecture de ceux-ci, que l'auteur voudrait être la dénonciation de ce qu'il tient pour des lieux communs (libéralisation des mœurs et préférences sexuelles en particulier) constitue le regret de l'ancien lieu commun... ah ! le temps heureux où les gays étaient des pédés. Décidément, il flotte là-dessus un parfum de religion catholique.

Bref, pas bête du tout, mais un peu tendancieux; c'est à dire qu'on le trouvera sans doute un peu bête avant longtemps. À lire, mais se méfier des travers idéologiques.

jeudi 28 février 2008

Je ne serai peintre que pour elle


Michel DELACOMPTÉE, Je ne serai peintre que pour elle, L'un et l'autre, Gallimard, Paris, 2003 (173 pages)

Présentation :
« Quand l'envie me prend de descendre dans les siècles passés, au plus près des gens, pour m'évader ou pour me dégourdir la cervelle, je me rends chez l'abbé de Choisy qui se déguisait en femme, je trottine en croupe derrière Henri de Campion au service de Mazarin, je traverse la guerre de Vendée avec la marquise de La Rochejaquelein. On avance comme dans un roman, tout en apprenant. Et si, captivé par tel personnage ou telle période historique, je veux descendre plus avant dans le détail, j'annote.

De là mon travail d'éditeur sur les
Mémoires de Mme de Motteville, avant de peindre le portrait de l'auteur en personne - ce livre-ci. »
Jean-Michel Delacomptée.

Quand le froid de l'hiver me saisit, et qu'un refroidissement menace, je ne franchis qu'à peine la ruelle de ma chambre. Ou bien je me tourne vers Proust, ou bien je prends l'un des volumes de la collection L'un et l'autre : celui-ci me transporte au XVIIe siècle. Mon coeur en est dès lors réchauffé.

jeudi 21 février 2008

Ennui

Linda Lê, In memoriam, Christian Bourgois Éditeur, Paris, 2007 (189 pages)

Écrivain suicidée. Ex amant catastrophé. Ce livre, grâce au ciel brûlé par lui à peine écrit (dès le premier paragraphe), est le récit de trois histoires. Ecrivain suicidée et papa aussi suicidé de médiocrité. Narrateur écrivaillon (c'est à dire éditeur à Paris) a liaison tumultueuse avec écrivain suicidée après enfance glauque dans l'ombre de Grand Frère. Grand Frère pique écrivain suicidée à écrivaillon.

C'est ça, comme dirait Marguerite Duras.

C'est précieux, comme dans ridicule. Plein de termes de rhétorique pour faire savant, et d'imparfait du subjonctif.

On souhaite à ces personnages une psychanalyse et une chimiothérapie. D'urgence.

À l'auteur de faire de la politique : le bling bling est en hausse.

Citation

Tirée de la chronique de Régis DEBRAY, parue dans Le Monde d'aujourd'hui :

[La démocratie] ne désigne plus la capacité à mener pacifiquement des luttes pour quelque chose, entre des valeurs et des idées, mais à mener haineusement des luttes entre personnes, pour rien, sinon une voiture avec chauffeur.

Écrit pour la France, mais valable au Canada et au Québec, hélas.

vendredi 15 février 2008

Petit lexique de la bêtise actuelle

Christian GODIN, Petit lexique de la bêtise actuelle - Exégèse des lieux communs d'aujourd'hui, Nantes, Éditions du Temps, 2007 (223 pages)

Ayant, avec plaisir, entendu l'auteur dans le cadre de l'émission de France Culture, les Nouveaux chemins de la connaissance, j'ai décidé de me procurer ce lexique, lequel est arrivé à la librairie une petite semaine plus tard.

En quatrième de couverture :
Les 130 articles de ce Petit lexique de la bêtise actuelle évoquent et analysent les lieux communs qui traînent dans l'espace public et font croire qu'il y a de la pensée là où il n'y a que des slogans. Un essai d'impertinence systématique, pour ne pas croire les mots sur parole !

Pour vous servir d'exemple, prenez n'importe quel texte de la Demoiselle de Très Grande Vertu du Devoir...

Citation tirée de l'introduction :

Si le lieu commun se caractérise par son inertie, il n'en a pas moins une efficacité spécifique. On pourrait même soutenir qu'il affirme moins qu'il n'agit. [...] Le lieu commun est plus une action qu'un jugement. Celui qui, en effet, le répercute, ne pense pas (nombre de lieux communs -- pas tous ! -- sont faux ou ineptes); en revanche, il se d onne la force imaginaire de la société dont il fait partie et don le lieu commun est l'équivalent symbolique. [...] Le lieu commun se présente comme une vérité indiscutble, à l'abri de la critique; c'est cet aspect massif qui fascinait Flaubert -- lequel définissait ainsi la bêtise : conclure.


Voilà qui promet.